
À l’approche du pic saisonnier d’exportation de veaux depuis l’Irlande vers la France, Brittany Ferries maintient le transport de veaux non sevrés dans des conditions incompatibles avec leurs besoins physiologiques fondamentaux. Malgré les alertes répétées d’organisations de protection animale européennes, l’entreprise persiste dans une pratique qui expose des animaux extrêmement jeunes à des privations prolongées d’alimentation, en contradiction avec les connaissances scientifiques et les exigences du droit européen.
Des veaux privés d’alimentation pendant des durées incompatibles avec leur physiologie
Les veaux non sevrés sont des animaux particulièrement vulnérables. Contrairement aux animaux adultes, leur organisme dépend d’un apport régulier en lait. Les recommandations scientifiques et les exigences réglementaires impliquent qu’ils soient nourris à intervalles rapprochés, généralement toutes les neuf heures au maximum.
Or, la seule traversée maritime entre l’Irlande et la France peut durer jusqu’à 18 heures. Dans ces conditions, il est matériellement impossible de respecter les intervalles d’alimentation nécessaires. À cette durée s’ajoutent les phases de chargement, de déchargement et de transport routier, qui prolongent encore la période totale sans accès à une alimentation adaptée.
Ces privations ne sont pas anodines. Elles exposent les veaux à la faim, à la déshydratation, à l’affaiblissement physiologique et à un stress intense. À cet âge, ces facteurs augmentent significativement les risques de maladie, de souffrance et de mortalité.
Le règlement (CE) n° 1/2005 impose pourtant que les animaux transportés soient nourris à des intervalles appropriés et que leurs besoins physiologiques soient respectés. Le transport prolongé de veaux non sevrés dans des conditions où leur alimentation ne peut être assurée soulève donc une question majeure de conformité à ces exigences.
Une industrie fondée sur la vulnérabilité des animaux les plus jeunes
Chaque année, des dizaines de milliers de veaux non sevrés sont transportés depuis l’Irlande vers la France, puis vers d’autres pays européens, notamment les Pays-Bas, l’Espagne et la Pologne. Leurs trajets peuvent durer jusqu’à 50 heures au total.
Ces transports concernent des animaux âgés de quelques semaines seulement, séparés précocement de leur mère et soumis à des conditions logistiques qui ne permettent pas de répondre à leurs besoins biologiques élémentaires.
Le maintien de ces flux repose sur un modèle économique qui traite ces animaux comme des marchandises transportables, indépendamment des contraintes physiologiques propres à leur âge.
Une pratique massivement rejetée par l’opinion publique
Les attentes de la société ont profondément évolué sur ces questions. En France, 86 % des citoyens estiment que les animaux non sevrés ne devraient pas être transportés sur de longues distances. Par ailleurs, 82 % des Français se déclarent préoccupés par le bien-être des animaux pendant le transport.
Ces chiffres traduisent une prise de conscience claire : le transport prolongé d’animaux très jeunes, incapables de satisfaire leurs besoins physiologiques en cours de route, n’est plus socialement acceptable.
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Une indignation croissante et une mobilisation européenne coordonnée
Face à cette situation, la LFDA exprime sa profonde indignation. Le transport de veaux non sevrés dans des conditions où leur alimentation ne peut être assurée constitue une atteinte grave à leur bien-être, en contradiction avec les connaissances scientifiques établies et l’esprit de la réglementation européenne. D’autant que Brittany Ferries a été alerté bien en amont, notamment par la LFDA qui lui a adressé un courrier en 2025 resté sans réponse.
Plusieurs organisations de protection animale européennes lancent une campagne coordonnée visant à alerter le public, les clients et les partenaires des entreprises concernées. Cette mobilisation entend mettre en lumière une réalité largement méconnue : celle de très jeunes animaux soumis à des trajets prolongés qui ne permettent pas de satisfaire leurs besoins physiologiques les plus élémentaires.
Cette campagne vise également à rappeler aux acteurs économiques leur responsabilité. À mesure que les connaissances scientifiques progressent et que les attentes sociétales évoluent, la poursuite de pratiques incompatibles avec le bien-être animal expose les entreprises concernées à une remise en cause croissante de leur acceptabilité sociale.
En persistant dans ces transports malgré les alertes, Brittany Ferries montre un grave problème de priorisation. Les associations rappèlent et continueront de rappeler que ces veaux ne sont pas une cargaison comme une autre, que leur calvaire n’est pas une variable d’ajustement.



