SNANC : la grande timidité

Après plus de deux ans d’attente, le gouvernement a enfin publié la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC) pour la période 2025-2030. Certains éléments sont positifs, mais l’ambition n’est pas au rendez-vous.

La publication de la SNANC met fin à une période d’incertitude de 30 mois. Ce document constitue la « clé de voûte » qui permettra désormais de décliner les futurs programmes d’actions, notamment :

→ Le Programme National pour l’Alimentation (PNA). (Cliquer pour dérouler)

« Dans la lignée des États généraux de l’alimentation en 2017, le Programme national de l’alimentation et de la nutrition (PNAN) a été élaboré en 2019 pour contribuer à promouvoir des choix alimentaires favorables pour la santé et respectueux de l’environnement et réduire les inégalités d’accès à une alimentation de qualité et durable. Il s’est décliné à travers le PNA
3 2019-2023 et le PNNS 4 2019-2023, ainsi que les autres plans d’actions thématiques liés à l’alimentation. » (SNANC 2025-2030, p15).

→ Le Programme National Nutrition Santé (PNNS). (Cliquer pour dérouler)

Lancé en 2001, le Programme national nutrition santé (PNNS) a pour objectif général l’amélioration de l’état de santé de l’ensemble de la population en agissant sur la nutrition (comprenant l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité). Le programme a été reconduit en 2006 (PNNS-2), en 2011 (PNNS-3) et en 2019 (PNNS-4) Santé publique France. Le PNNS-4 préconisait déjà de réduire la consommation de viande.

 

Pour la LFDA, cette étape est déjà un soulagement. Sans cette stratégie, les leviers législatifs et réglementaires pour transformer notre système alimentaire restaient bloqués. Malheureusement, la copie finale est lourde de déceptions. 

Un manque d’ambition

Le texte final témoigne d’un net recul par rapport aux interpellations des ONG, dont la LFDA, adressées à Matignon depuis plusieurs années – que nous évoquions en septembre 2025.

Plusieurs points de déception émergent. D’emblée, il faut comprendre que la SNANC se divise en 20 grands objectifs, censés être atteints par le biais de 85 actions concrètes.   

 

La « limitation » de la consommation de viande.

C’est l’information qui a fait le plus parler (voir ici ou ) : le gouvernement recommande de « limiter la consommation de viande et de charcuterie » en conformité avec :

→ La Stratégie nationale bas carbone (SNBC). (Cliquer pour dérouler)

« La feuille de route de la France pour lutter contre le changement climatique. Elle donne des orientations pour mettre en œuvre, dans tous les secteurs d’activité, la transition vers une économie bas-carbone, circulaire et durable » Ministère de l’écologie, 2025

→ Le Programme National Nutrition Santé (PNNS). (Cliquer pour dérouler)

Lancé en 2001, le Programme national nutrition santé (PNNS) a pour objectif général l’amélioration de l’état de santé de l’ensemble de la population en agissant sur la nutrition (comprenant l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité). Le programme a été reconduit en 2006 (PNNS-2), en 2011 (PNNS-3) et en 2019 (PNNS-4) Santé publique France. Le PNNS-4 préconisait déjà de réduire la consommation de viande.

Et en effet, on trouve dans la SNANC :

Premier problème : aucune action ne vise spécifiquement à réduire la viande. Toutes les recommandations portent sur des formulations timides comme « Inciter à diversifier l’offre en plats préparés ».

Les animaux marins complètement déconsidérés

Deuxième problème : les animaux marins sont – comme souvent – perçus comme des objets inertes et non des animaux potentiellement sensibles. La SNANC encourage à en « consommer suffisamment ».

La SNANC part en effet d’un problème réel : « Aujourd’hui, une large majorité de la consommation française de poissons se concentre sur un petit nombre d’espèces, majoritairement importées, qui sont le saumon, le cabillaud et le lieu noir : ces trois espèces totalisent en volume 46 % de la consommation en 2023 » (p.13). Or, au lieu de préconiser une réduction générale de la consommation de poisson, la SNANC va encourager la diversification des espèces concernées – sans aucun égard pour leur bien-être.

Action n°14 : Favoriser la diversification des espèces aquatiques consommées en privilégiant notamment les espèces sauvages faiblement exploitées, les espèces élevées de bas niveau trophique (ex : algues, coquillages, poissons herbivores, échinodermes) ou dans le cadre de co-productions à interactions bénéfiques type aquaculture multitrophique intégrée, les espèces exotiques envahissantes propres à la consommation et les algues.

Rappelons que de nombreuses espèces aquatiques sont scientifiquement reconnues comme sensibles, voire sentientes. La question de leur bien-être est pourtant complètement ignorée. Sur le sujet, voir notre article :

Aucune contrainte

Troisième problème : la SNANC évite de fixer des objectifs chiffrés et contraignants. Cette approche reflète à nouveau la timidité de ses auteurs qui ne semblent pas pouvoir contredire la SNBC ou le PNNS, sans oser rendre ces engagements tangibles. Cela contraste également avec les avis de l’ANSES et du Haut Conseil pour le Climat, qui préconisent une transition nette vers une alimentation plus végétale.

à Petit pas…

La SNANC reconnaît enfin que notre système alimentaire doit évoluer, mais ne met pas suffisamment les moyens derrière les engagements. Sans objectifs chiffrés, sans mesures contraignantes, sans intégration explicite du bien-être de tous les animaux – y compris aquatiques – la stratégie reste en deçà des exigences scientifiques et éthiques.

À l’heure où les impacts sanitaires, environnementaux et éthiques de notre alimentation sont solidement documentés, l’État ne peut se contenter d’incitations prudentes et d’engagements volontaires. Une politique publique crédible suppose des arbitrages clairs, des indicateurs mesurables et une cohérence assumée avec les engagements climatiques de la France.

 

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