L’animal et la mort

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Article publié dans le n° 37 du Bulletin de la LFDA, septembre 2002

Les vérités premières étant le plus souvent énoncées les dernières, rappelons quelques notions concernant le rapport de l’animal à la mort.

Étant donné les connaissances actuelles en psychologie et éthologie animales, il semble légitime d’affirmer que les animaux n’ont pas, comme les humains, une représentation consciente de la mort.

sanglier marcassin

En effet, leurs structures mentales, bien évidemment liées au développement de leur cerveau, ne leur permettent pas, même pour les plus évolués d’entre eux (comme les primates) d’intégrer la connaissance consciente de la mort ; ce qui impliquerait un accès à la représentation abstraite et à la notion de durée. Ils ne peuvent donc pas anticiper leur avenir d’être vivant mortel.

Ils vivent dans l’instantanéité du moment, ils font des projets comportementaux à court terme en rapport avec leurs pulsions, leurs émotions (satisfaire la pulsion de se nourrir, de se reproduire, adopter le meilleur comportement en fonction d’une peur, d’un stress etc.), mais ils n’ont pas les moyens « d’imaginer » à long terme ce qu’ils sont appelés à vivre. Ils ne savent pas que leur temps de vie est limité et qu’ils sont biologiquement programmés, comme tout être vivant, et condamnés inéluctablement à une mort certaine.

Par contre tout démontre dans leur comportement que, paradoxalement, ils savent de manière intuitive, peut-être mieux que les humains, que la seule chose qui importe dans la vie c’est de vivre, de protéger leur vie par tous les moyens dont ils disposent, parfois au prix d’une dépense énergétique fabuleuse (l’exemple du vol des oiseaux migrateurs est particulièrement patent).

Quelle que soit la catégorie à laquelle ils appartiennent, de la fourmi à l’éléphant, ils ont une prémonition inconsciente qui les amène à tout mettre en œuvre face à un danger pour échapper à la mort. Ainsi, au moindre signe pouvant menacer leur vie, des plus petits aux plus grands, ils mettent en action des systèmes de défense et des stratégies de survie (évitement, fuite, agression, camouflage, simulacre de blessure ou de mort).

L’animal sauvage malade ou blessé cherche s’il le peut à s’isoler et à se cacher à l’abri des prédateurs pour mourir. L’animal domestique tel le chien ou le chat, proche de l’humain et qui a tissé une relation affective avec lui, va parfois chercher aide et secours auprès de son humain pour mourir. Quant au chien qui se laisse dépérir de tristesse sur la tombe de son maître, c’est probablement le lieu où sont maître se trouve qui l’amène à rester à cet endroit plutôt que la connaissance de sa mort. Les animaux conduits à l’abattoir, et qui sentent l’odeur du sang et de la mort, manifestent de l’angoisse, et refusent d’avancer.

Face à la mort, les animaux les plus évolués dans leur développement neuropsychique sont désemparés : « Ils ne comprennent pas. »

Éléphante + éléphanteauPar exemple, si un éléphanteau meurt, le groupe familial s’éloigne, puis revient constater l’inertie du bébé mort, tourne autour du petit cadavre, part puis revient à nouveau, parfois longtemps après comme pour s’assurer encore une fois que le bébé n’est plus là. L’absence en quelque sorte est mémorisée, mais la mort en tant que phénomène programmé, inéluctable n’est pas intégrée. De même chez les singes. Une mère macaque montre son désarroi devant son nouveau-né mort, manifestement cette situation anormale la dépasse, elle ne comprend pas ce phénomène de non-vie. Aussi pendant plusieurs jours elle continuera à le transporter, le toiletter, l’épouiller, comme s’il était toujours vivant, perplexe devant le petit corps inerte, elle le retourne dans tous les sens, le secoue et constatant qu’il ne bouge pas. La tristesse dans le regard, elle finit par s’éloigner et l’abandonner.

On peut dire que, vis-à-vis de la mort, les animaux sont comme le petit enfant de deux ans environ qui « ne sait pas » qu’un jour il lui faudra nourrir mais qui « sait » dans l’instant présent qu’il lui faut vivre et déploiera pour cela tous les efforts physiologiques possibles.

Les animaux vivent pour vivre, un point c’est tout. Leur goût à vivre et à se reproduire est leur seule motivation, contrairement aux humains qui s’embourbent dans des conduites destructrices, parfois suicidaires, toujours mortifères pour eux et les autres espèces.

En conclusion, disons que les animaux donnent aux humains de par leur comportement une « sacrée » leçon de vie. En effet le phénomène vie est en quelque sorte sacré par eux et pour eux ; c’est peut-être ce goût de la vie que les humains inconsciemment leur envient et qui expliquerait pourquoi nos congénères les détestent tant ! Honnis, asservis, méprisés, maltraités, mutilés, torturés, martyrisés, massacrés, des milliards d’entre eux sont condamnés par l’humain à vivre l’enfer sur cette terre (élevage en batterie, gavage pour production de foie gras, expérimentation, chasse, corrida, combats d’animaux, zoos, cirques etc.) avant de mourir…

Et pourtant c’est l’animal, représenté dans les grottes d’Altamira et de Lascaux, qui a permis aux humains de transmettre leur premier message de mémoire et ainsi de défier le temps à travers les siècle.

Janine Cophignon

Article publié dans le numéro 97 de la revue Droit Animal, Éthique & Sciences.

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