Le centre français des 3R fait le bilan de son premier mandat

Créé en 2021 dans le cadre de la loi de programmation de la recherche, le FC3R (centre français dédié à la promotion des 3R), termine son premier mandat. Louis Schweitzer, ancien président de la Fondation, en a présidé le Conseil d’orientation et de réflexion (COR) pendant cinq ans. Il y a porté les principes d’une science soucieuse de l’éthique animale et ayant pour ambition le Remplacement du modèle animal. La directrice du FC3R, Athanassia Sotiropoulos, nous a accordé un entretien.

Comment le FC3R incite-t-il à l’implémentation des 3R (Remplacer, Réduire, Raffiner) dans la recherche ?

Athanassia Sotiropoulos : Nous avons plusieurs stratégies pour faire en sorte que le principe des 3R soit connu et adopté dans la pratique. Tout d’abord, nous faisons connaître ces méthodes substitutives par la communication – newsletters, rédaction d’articles, organisation de webinaires et de colloques, etc. Ensuite, nous mettons des outils à la disposition des chercheurs. Par exemple, nous avons créé un annuaire des méthodes substitutives appelé AREA. Il regroupe à ce jour 43 chercheurs. Il peut être interrogé pour identifier des compétences, rentrer en contact avec des experts et éventuellement initier des collaborations. Ce sont des outils incitatifs, fondés sur l’entraide et l’information.

Le levier le plus important reste le financement de projets car c’est le nerf de la guerre de la recherche académique. Notre objectif est donc d’accompagner financièrement vers les 3R. Pour cela, 70 % de notre budget est dédié aux appels à projets. À ce jour, 38 sur 58 projets financés concernaient des méthodes de Remplacement. L’appel à projet qui sera ouvert en septembre 2026 concernera lui aussi le développement et le renforcement des méthodes de Remplacement.

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Quelle est la place des alternatives à l’expérimentation animale dans la recherche ?

AS : Ce que l’on sait, c’est que les alternatives ont une place de plus en plus importante. Un récent article publié dans Nature indique que le nombre de publications traitant de l’utilisation d’organoïdes est en forte augmentation à l’échelle mondiale. En parallèle, le nombre d’articles sur des méthodes qui utilisent des animaux reste relativement stable. Il y a donc un intérêt grandissant pour ces nouvelles technologies.

En 2023, le FC3R a réalisé un état des lieux des approches substitutives auprès de 511 chercheurs. Nous avons constaté que près de 75 % d’entre eux utilisaient à la fois des méthodes substitutives et des organismes vivants. Il y a donc une certaine complémentarité. Désormais, il faut observer dans le temps, de manière longitudinale, si ce chiffre évolue ou s’il s’agit d’une proportion incompressible. Nous sommes en train de mener une enquête qui sera clôturée en octobre 2026, afin de pouvoir suivre ces évolutions.

Quelles perspectives pour le remplacement des méthodes utilisant des animaux ?

AS : Il y a différents cas de figure. Ce qui relève de la toxicologie ou de la recherche à visée réglementaire dépend de la réglementation en vigueur. On aura donc obligatoirement recours aux animaux tant qu’une approche non animale ne sera pas validée par cette réglementation.

Pour ce qui est de la recherche fondamentale ou appliquée, la directive européenne 2010/63/UE prévoit que les États veillent à la mise en œuvre des 3R [avec pour objectif le Remplacement de l’expérimentation animale dès lors que cela sera possible sur le plan scientifique, ndlr]. À ce titre, la première étape d’une expérience est de se demander « est-il possible de remplacer l’utilisation d’animaux dans ce cas précis ? », ce qui devrait donc pousser les chercheurs à réfléchir à l’utilisation d’autres méthodes.

Dans la pratique, ces approches, qui pour beaucoup sont assez récentes, sont de plus en plus utilisées : les organoïdes, les organes sur puce, l’intelligence artificielle, etc. En attendant leur développement, elles vont coexister avec les méthodes classiques. Il est difficile de dire si elles les remplaceront un jour. Il est très important de dire que le choix de l’approche, qu’il s’agisse de l’utilisation d’un organisme vivant ou d’une méthode non animale, doit être dicté par des raisons scientifiques. C’est-à-dire qu’il faut choisir la méthode qui donnera les résultats les plus fiables. La fiabilité et la robustesse des résultats devraient donc être au centre des préoccupations, autant que le sont les enjeux éthiques.

Le FC3R a développé une plateforme appelée Short Notes, de quoi s’agit-il ?

AS : Nous avons mis en place une plateforme internationale dont l’objectif est de partager les résultats négatifs et les résultats qui n’ont finalement pas été inclus dans les publications scientifiques – ce qu’on appelle l’« effet tiroir » – afin de les rendre accessibles au monde de la recherche. Ils sont proposés sous la forme d’articles très courts (des short notes) et très factuels.

Pour assurer la qualité des résultats partagés, ils sont évalués par des pairs et uniquement sur la base de la qualité de la planification des expériences. La question n’est donc pas « est-ce que ces résultats sont intéressants pour faire avancer la science ? » mais « est-ce que ces résultats sont exploitables ? ». À ce jour, nous avons publié sept Short Notes disponibles en accès libre, et cinq sont en cours d’évaluation. Elles concernent à la fois des expériences qui utilisent des animaux et des expériences qui n’en utilisent pas (comme les études in vitro) mais qui ont recours à des produits d’origine animale (comme le sérum de veau, le Matrigel®, etc. pour la culture de cellules). Il s’agit d’une démarche engagée pour la science ouverte et la transparence.

Il faut maintenant transformer l’essai. Cette contribution peut être vue comme une contrainte par le chercheur, qui, certes, y voit un bénéfice pour son éthique de recherche, mais pour qui ce travail demande du temps. Nous collaborons donc avec les instances d’évaluation des personnels de recherche pour que ces Shorts Notes soient prises en compte dans l’évaluation des carrières des chercheurs, des ingénieurs de recherche, des techniciens, des étudiants en thèse, etc. Cette reconnaissance est en cours dans certains instituts de recherche comme l’Inserm, l’Inrae, le CEA et le CNRS. C’est cette reconnaissance institutionnelle qui permettra de changer la donne.

Cette plateforme a généré plus de 4 600 lectures et presque 1 700 téléchargements, ce qui, pour des résultats qui n’auraient a priori jamais été publiés, est une réussite. Les statistiques montrent notamment que 50 % des Short Notes ont été téléchargées à l’étranger, et 25 % depuis les États-Unis, ce qui prouve que l’intérêt pour ces données dépasse les frontières françaises et européennes.

À terme, cette plateforme pourrait devenir un journal. En attendant, nous voulons asseoir sa notoriété.

La première mission de cinq ans du FC3R prend fin, ce qui soulève la question de son renouvellement. Quel est son bilan et ses perspectives ?

AS : Le FC3R s’affirme comme un pilier essentiel de l’écosystème des 3R en France et en Europe, tant pour la promotion et la mise en œuvre des 3R, que pour l’accompagnement des choix de stratégie scientifique. Alors que le nombre d’animaux utilisés dans des procédures scientifiques était stable depuis 2016 (autour de 1,9 million), une inflexion s’est dessinée à partir de 2023, avec une baisse de 18,5 % en 2023 par rapport à 2022, puis de 7 % en 2024 par rapport à 2023. Cette évolution très encourageante résulte en grande partie des politiques menées par le ministère de la Recherche, dans lesquelles s’inscrit la création du FC3R en tant qu’outil d’accompagnement et de structuration des pratiques.

Le positionnement du FC3R, articulant impulsion stratégique et dialogue avec les acteurs de terrain, lui permet d’agir à la fois comme catalyseur d’initiatives et comme interface entre politique publique et pratiques de recherche, dans un contexte de sensibilité sociétale accrue sur les questions liées à l’expérimentation animale.

L’effet levier de ses financements, la portée de ses outils nationaux (formations, ressources, plateformes), ainsi que sa capacité à fédérer des communautés professionnelles et scientifiques autour d’objectifs partagés, témoignent de son rôle désormais structurant dans la mise en œuvre opérationnelle des 3R.

Les perspectives du FC3R concernent la consolidation de ses actions à l’international en s’appuyant sur des réseaux européens, des projets structurants sur les NAM (new approach methodologies) comme l’action européenne ERA NAMs, et la diffusion de l’expertise française en matière de 3R.

À l’avenir, l’élargissement au secteur privé, la consolidation des moyens financiers et l’élaboration d’une feuille de route nationale feront du FC3R un levier majeur d’une recherche plus éthique, innovante, compétitive et alignée avec les priorités nationales et européennes.

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