De l’utilisation des animaux dans les spectacles en France en 2020

Aujourd’hui en France, les animaux exécutent des numéros dans les spectacles itinérants, leur vie est exhibée dans les parcs zoologiques et leur mort est mise en scène dans les arènes. Bien qu’ancrées dans les mœurs françaises, ces pratiques tendent à s’essouffler depuis quelques années à mesure que le rapport de l’homme à l’animal évolue. Dresser un état des lieux des pratiques, étudier la réglementation et proposer une réflexion éthique sur l’utilisation des animaux dans les spectacles apparait essentiel pour éclairer le débat

Actuellement, environ 200 cirques présentent des tours avec un nombre inconnu d’animaux sauvages captifs subissant l’itinérance, le dressage et les spectacles. Cela concerne aussi 5 ours transportés sur les routes par une poignée de montreurs. Une grande diversité d’espèces sauvages est également exposée dans les 300 parcs zoologiques recensés. Ces derniers, aux infrastructures plus ou moins développées, doivent répondre à des missions de conservation, d’éducation et de recherche. Trois grands parcs détiennent 4 orques et 29 dauphins entrainés à produire des shows dans des delphinariums. Quant aux combats dans les arènes, une centaine de corridas par an oppose taureaux et toreros lors d’un spectacle taurin sanglant codifié dans dix départements du Sud. Il subsiste quelques combats de coqs dans le Nord et dans certaines îles.

Les conditions de vie (hébergement, transport, interactions sociales, etc.) des animaux de spectacle sont généralement appauvries par rapport à leur milieu naturel. Les pratiques de dressage coercitives avec l’utilisation d’outils sont propices à la maltraitance et nombreux tours demandés sont contre-nature. Cela se traduit, chez les animaux, par des stéréotypies, des mutilations ou encore des maladies propres à la captivité et au dressage. Force est de constater que l’ensemble de leurs besoins physiques et psychologiques n’est pas respecté. Les blessures et les mises à mort lors des combats sont, quant à elles, condamnables en tant que telles.

Cet état de fait, mis en lumière par les défenseurs des animaux, impacte l’opinion publique puisqu’aujourd’hui les deux-tiers des français souhaitent l’interdiction des corridas, des delphinariums et des animaux sauvages dans les cirques. Plus de 400 villes se sont positionnées contre l’installation de cirques avec animaux sauvages dans leurs enceintes et plusieurs cirques ont d’ores et déjà arrêté d’utiliser des animaux. Quelques exemples de prise de position sont notables : la Fédération Vétérinaire Européenne promeut l’interdiction de l’usage des mammifères sauvages dans les cirques itinérants, le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires reconnait l’incompatibilité entre corrida et bien-être animal, ou encore le comité des droits de l’enfant de l’ONU lutte pour protéger les enfants de la violence de la corrida.

Bien que portant à controverse, ces spectacles d’animaux sont légaux en France. Dans le droit français, les animaux sont soumis au régime des biens corporels et sont protégés en tant qu’êtres sensibles. Les spectacles d’animaux en France sont régis par un cadre réglementaire spécifique. Les parcs zoologiques et les delphinariums doivent respecter l’arrêté de 2004 sur les établissements zoologiques. Les spectacles d’ours et les cirques sont soumis à l’arrêté de 2011 sur les établissements de spectacles itinérants. Enfin les combats de coqs et les corridas sont autorisés dans certaines zones par une dérogation de l’article 521-1 du Code pénal.

L’étude de ces différents textes juridiques révèle diverses incohérences et insuffisances. Il apparait contradictoire que le code pénal punisse les mauvais traitements, les actes de cruauté et les mises à mort infligés aux animaux mais qu’une dérogation les permettent pour les corridas et les combats de coqs. Depuis l’abrogation de l’arrêté de 2017 sur les delphinariums, il existe un véritable vide juridique autour de la captivité des cétacés. De plus, la réglementation concernant les établissements zoologiques est imprécise, aucune norme minimale d’hébergement des animaux n’est imposée.

Face à cette constatation, une volonté de faire évoluer la réglementation française s’instaure. En 2019, des groupes de travail ont été mis en place par le Ministère de la Transition écologique réunissant les acteurs socio-professionnels, les organisations de protection animale, les experts scientifiques et les parlementaires autour de la question du bien-être des animaux sauvages captifs dans les delphinariums, les spectacles itinérants et les zoos.

Du point de vue éthique, l’homme, en tant qu’agent moral, est responsable de ses actes dans ses relations avec les animaux, patients moraux. La capacité des animaux à ressentir des émotions, à souffrir physiquement et psychologiquement, à être dotés d’un certain degré de conscience et d’intelligence est aujourd’hui prouvée scientifiquement. Dès lors, à la lumière des nouvelles découvertes scientifiques, il est nécessaire de réévaluer notre réflexion éthique sur l’utilisation des animaux dans les spectacles. Sous l’angle de l’humain, la société actuelle offre une multitude d’alternatives pour se divertir et s’éduquer. Les spectacles d’animaux contribuant faiblement à la science, il serait plus favorable d’encourager les mesures de conservation et de recherche in situ. De plus les alibis de culture et de tradition sont fortement discutables. Des solutions concrètes voient le jour pour améliorer cette situation insatisfaisante : des placements des animaux en réserve et en sanctuaire sont possibles et une reconversion ou un accompagnement des professionnels du spectacle sont envisageables.

La prise de conscience collective s’est amorcée et le débat sur l’utilisation des animaux dans les spectacles devient un enjeu sociétal fortement médiatisé. De ce fait, il peut s’inscrire dans la sphère politique et juridique et engager une révision du droit animalier. De nouvelles mesures réglementaires sont vivement attendues avec l’espoir d’un meilleur traitement des animaux exploités dans l’industrie du divertissement.

Laëtitia Carillon

Docteur vétérinaire

Auteure de la thèse : Contribution à l’étude de l’utilisation des animaux à des fins de spectacle en France : état des lieux des pratiques et de la réglementation, analyse éthique


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