CR de lecture: Regards sur la condition animale

Alain Grépinet, Éditions Maïa, 2023 (22 €)

Couverture de l'ouvrage "Regards sur la condition animale"

Docteur vétérinaire, membre du conseil d’administration de notre Fondation, Alain Grépinet était évidemment particulièrement bien placé pour nous parler de la condition animale.

Il existe déjà beaucoup de livres sur ce sujet qui nous est cher, mais le livre de Grépinet brille par son originalité. D’abord parce qu’il est écrit par un expert, « riche d’une longue expérience de vétérinaire praticien auprès d’animaux de compagnie, d’élevage ou sauvages », comme le rappelle, dans sa préface, Louis Schweitzer (p. 5). Ensuite parce qu’il nous propose, sans tabou et sans concession, un descriptif de toutes les situations sur un plan concret et vécu. Enfin parce que, de lecture limpide et adaptée à tous les publics, il se lit, avec passion, comme un trait, du début à la fin.

Quand je parle de « toutes les situations », je veux dire qu’on trouvera, dans les quelques dizaines de thèmes évoquées et analysés, un ensemble de réponses à des questions, souvent pratiques, parfois pointues, que l’on peut être amené à se poser dans tous les domaines qui ont rapport aux animaux. Par exemple, qui est responsable d’un dégât causé par un animal ? « le propriétaire ? le détenteur de l’animal ? ou celui, qui, éventuellement, en a l’usage ? » (p. 33). Ainsi on apprend que la « responsabilité civile est alternative ; elle ne peut pas concerner à la fois le propriétaire et la personne qui fait usage de l’animal ». D’où une quantité de situations pratiques particulières et complexes, que Grépinet analyse finement. De même pour la résolution de cette question qui se pose, de plus en plus, aux tribunaux : « peut-on parler d’un préjudice affectif à la suite de la mort d’un animal ? » (p. 76). On apprend aussi que « l’abandon d’un animal est un délit pénal parce qu’il est assimilé à un acte de cruauté et non à un mauvais traitement » (p. 103).

Pour les abattages rituels, l’auteur regrette, légitimement, que le mode d’abattage ne soit pas systématiquement précisé, alors même que « l’étiquetage des produits, avec mention du mode d’abattage, est massivement souhaité par les consommateurs » (p. 109). Quant à la chasse, « il nous faut revoir certaines pratiques de chasse, qui n’ont plus lieu d’être, tout simplement parce qu’elles choquent à la fois le cœur et la raison, telles […] les chasses conçues uniquement pour le plaisir » (p. 119). Et pour les corridas : « ces spectacles sont dégradants, indignes de notre condition humaine, en total décalage avec notre époque » (p. 127). On lira aussi, avec grand intérêt, le « plaidoyer pour des cirques sans animaux sauvages » (p. 146) et l’article qui vise à l’interdiction de la captivité des cétacés. Le gavage des palmipèdes, une « véritable maltraitance » (p. 151) inspire à l’auteur cette remarque : « la déléguée générale du comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras […] de rétorquer : « l’embuc que nous enfonçons dans le cou de l’animal ne lui fait pas mal […], nous ne faisons que reproduire le cycle de digestion de l’animal » (sic). Que d’âneries dans cette réplique ! ». Quant au cas, très particulier, des animaux de laboratoire, l’auteur remarque, à juste titre, que, même si toutes ces expérimentations « ont permis des progrès importants afin de lutter, plutôt efficacement, contre toutes sortes de maladies […], ces recherches n’ont pas toujours été conduites en prenant suffisamment en compte les effets et les conséquences dommageables […] pour bon nombre de ces « animaux d’expériences », car c’est bien de cela qu’il s’agit […]. D’où la nécessité d’évoquer leur sort. » (p. 172).

Bien sûr, le livre n’est pas seulement un descriptif analytique de situations concrètes et précises qui affectent tous les domaines de la relation entre l’homme et les animaux. Les grandes questions de la protection animale y sont aussi abordées dans toute leur généralité. Ainsi la Déclaration des droits de l’animal, qui est le fondement théorique de notre Fondation et qui « pourrait […] être retenue en l’état par l’Administration et, mieux encore, par le Législateur pour servir de base à toutes nouvelles dispositions qui seront nécessairement prises dans les temps à venir » (p. 41). Et l’importance vitale de l’enseignement moral dans la genèse des sociétés futures est aussi souligné : « Ces deux concepts – respect et dignité – ne devraient-ils pas être enseignés, dès leur plus jeune âge, à tous ceux qui, demain, les mettront en pratique ? » (p. 54). L’auteur stigmatise particulièrement les « usines d’animaux » (p. 154) : « quelle indignité, quelle honte ! » (p. 154) que ces « machines à produire » (p. 155). Finalement, sur le plan moral, « la satisfaction, pour l’animal, de tous ses besoins élémentaires, n’est rien d’autre, pour l’être humain, que l’expression de ses devoirs » (p. 57). On ne saurait mieux dire. « Tout bien pesé, conclut aussi l’auteur, […] j’ai acquis, au fil du temps, cette autre conviction que les êtres humains ont sans doute plus besoin des animaux que les animaux n’auraient besoin de nous » (p. 225). « Tout devrait, selon l’auteur, être orienté vers un principe moral très général, qui englobe l’humanité comme l’animalité, celui du « respect de la vie » » (p. 196).

À la fois réponse à des questions techniques ou sociales pointues, que l’utilisateur d’animaux ne peut manquer de se poser, et panorama général des grandes questions morales qui baignent notre civilisation, par sa variété même, ce livre exemplaire intéressera tous les publics.

Georges Chapouthier

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