ESOD : la liste des 9 « nuisibles » reconduite à l’identique

Alors que des études scientifiques se sont multipliées ces dernières années soulignant l’absurdité de tuer ces animaux sauvages, le gouvernement a choisi de reconduire la liste des « nuisibles » à l’identique.

Le 21 août 2026, le gouvernement a publié la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). On y retrouve les mêmes espèces qu’auparavant, à rebours de toute logique scientifique et en dépit des études qui s’accumulent.

Que sont les ESOD ?

D’abord, un rappel (extrait de notre article « La fable des nuisibles », Nikita Bachelard, 2023).

Les « ESOD », auparavant qualifiées de nuisibles, sont jugées coupables de contrarier des activités humaines. L’article R. 427-6 du code de l’environnement autorise de tuer ces espèces pour l’un au moins des motifs suivants :

  • pour des raisons sanitaires ou de sécurité publique ;

  • pour assurer la protection de la flore et de la faune ;

  • pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles ;

  • pour prévenir les dommages importants à d’autres formes de propriété.

Par exemple, le renard peut attaquer des volailles et donc gêner l’élevage avicole. Il en va de même pour les trois autres petits mammifères, qui pourraient aussi causer du tort au petit gibier d’élevage, comme les perdrix. Les oiseaux pourraient causer des dégâts aux cultures, aux vergers notamment.

Détruire ces espèces permettrait, selon le ministère de la Transition écologique et la cohésion des territoires, « de limiter les perturbations et les dégâts qu’elles peuvent provoquer ».

Les neuf espèces de la liste sont les mêmes qu’en 2023 :

Chaque année en France, environ 1,7 million de ces animaux sont abattus par tir, piégeage ou déterrage, et pour certains sans limite de quantité.

Un maintien qui n’a aucun sens

Nous l’expliquions déjà dans un article de mars 2026, cette liste est rigoureusement contraire à l’état actuel des connaissances scientifiques. Petit rappel.

En 2024, la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a réalisé une synthèse de la littérature scientifique sur le classement ESOD. Dans son rapport, elle affirme que ni le statut ESOD ni les prélèvements qui en découlent n’ont de fondement scientifique.

« Sur trente et une études prises en compte dans notre panel, 70 % démontrent que les prélèvements d’ESOD, dont les renards, n’ont pas d’effet significatif sur la baisse des dégâts liés à la faune sauvage, explique Martin Plancke, chargé de mission scientifique à la FRB. Et lorsqu’il y a des effets positifs, ils sont liés à un contexte écologique et à des conditions très spécifiques et ne peuvent pas être généralisés. »¹.

Si l’on veut protéger les installations humaines, des alternatives existent. L’étude CARELLI (2025), menée dans le Doubs, a montré que pour prévenir les dégâts il faut recourir à une meilleure protection des poulaillers par exemple, avec des clôtures hautes et basses. « Une meilleure protection des volailles devrait résulter d’une sécurité accrue des abris et des parcours extérieurs, plutôt que de la gestion de la population de renards ».

En mars 2026, une équipe du Muséum national d’histoire naturelle publiait dans la revue Biological Conservation la première évaluation économique et écologique du dispositif, portant sur sept années de données officielles (Jiguet et al., 2026). Ses conclusions sont claires : tuer des millions d’ESOD ne réduit pas les dégâts qu’on leur reproche, arrêter de les tuer ne fait pas augmenter les dégâts. Il y a une décorrélation entre la chasse de ces animaux et les dégâts. Ses auteurs le qualifient d’inefficace et économiquement injustifiable.

D’autant que les espèces chassées et tuées ont un rôle écologique précieux. Les renards, fouines, martres et belettes régulent les rongeurs qui s’attaquent aux cultures, comme le campagnol ou le mulot. Ils jouent un rôle sanitaire en éliminant les individus malades et les cadavres d’animaux, ou en limitant la propagation de la maladie de Lyme. Le geai des chênes participe à la reforestation en dispersant les glands qu’il stocke, et les terriers de renards contribuent à l’oxygénation des sols forestiers et servent de refuge à d’autres espèces, un rôle d’autant plus précieux dans un contexte de sécheresses et d’incendies plus fréquents – toujours selon Martin Plancke, dans un article de Reporterre.

Un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, publié fin 2024, avait déjà appelé à une refonte complète de l’approche française et recommandé de ne pas reconduire l’arrêté ESOD en 2026, soulignant que la France reste une exception en Europe par l’ampleur de son recours aux régulations létales.

Le 13 mai 2025, le Conseil d’État avait contraint le gouvernement à retirer la martre des pins² Le gouvernement a pourtant choisi de la réintégrer dans la nouvelle liste, considérant que « Les éléments de suivi ont été actualisés (…) [et] font apparaître un état de conservation favorable de l’espèce à l’échelle des grands domaines biogéographiques ».

En somme, la chasse des ESOD :

  • n’a aucune utilité pour prévenir les dégâts ;
  • a des conséquences néfastes pour l’environnement, la biodiversité et la bonne santé des espaces naturels ;
  • a un coût économique important.

Cette décision de maintenir la liste des ESOD ne semble donc être qu’une faveur faite aux chasseurs

La LFDA demande l’abrogation de cet arrêté

La rédaction de cette liste était déjà très critiquable dès 2023. Mais depuis, les études scientifiques s’accumulent et convergent sans laisser le moindre doute : cette liste n’a aucune raison de perdurer.

La LFDA demande son abrogation immédiate et son remplacement par une politique qui ne soit pas contraire à la science, s’appuyant sur des données probantes, fondée sur une lecture intelligente des équilibres écosystémiques.

Emmanuel Macron a publiquement affiché à plusieurs reprises son attachement à « la science contre le complotisme ».

Il a également tenu à vanter les mérites du « One Health » (« une seule santé ») qui met précisément en avant les interactions positives entre la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale, les co-bénéfices à prendre les problèmes dans leur ensemble.

Emmanuel Macron : "We prefer science to conspiracy theories, rule of law to rule of force, dialogue to threats.

Nous préférons la science au complotisme, l’État de droit à la loi du plus fort, le dialogue aux menaces."

Pourtant, le maintien de cette liste ESOD va entièrement à rebours de ces déclarations – l’abroger serait une mise en cohérence nécessaire.


¹ Extrait d’un article du Monde : Réhabiliter le renard : des associations se mobilisent pour sortir l’animal de la liste des nuisibles].

² La martre figure à l’annexe V de la directive Habitats (92/43/CEE). Cela signifie que sa chasse peut être autorisée, mais à condition que son exploitation reste compatible avec le maintien de l’espèce dans un état de conservation favorable. Or, le Conseil d’Etat a considéré que « Il ne ressort pas des pièces des dossiers que le ministre ait fourni […] des données fiables et actualisées relatives à l’état de conservation de cette espèce ».

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