Broyage des poussins : plus d’exception à l’interdiction

En 2023, le Gouvernement actait la fin du broyage des poussins mâles dans la filière poules pondeuses en France. Une avancée réelle, mais entachée de nombreuses zones d’ombre qui exigent aujourd’hui un renforcement de la réglementation.

Si la France s’est montrée précurseuse aux côtés de l’Allemagne en bannissant cette pratique pour les poules pondeuses, la réalité des filières avicoles cache un angle mort.

Chronique d’un dispositif inachevé

Dès 2017, le ministère de l’Agriculture a investi un budget de 4,3 millions d’euros pour développer un procédé d’ovosexage (identification du sexe dans l’œuf) non invasif avec la société française Tronico. Face au manque de pertinence de ce premier essai, un accord a dû être noué avec l’Allemagne pour importer d’autres technologies.

En 2021, un nouveau cap a été franchi avec l’annonce officielle de l’interdiction du broyage des poussins mâles (au 1er janvier 2023) pour la filière poules pondeuses. L’État débloque alors une enveloppe de 10,5 millions d’euros du plan France Relance pour équiper les couvoirs.

Que dit la loi ?

L’article R. 214-17 du code rural interdit la mise à mort des poussins de l’espèce Gallus gallus (poules rousses), sauf pour l’alimentation animale.

Une dérogation encadrée : Pour répondre aux inquiétudes des parcs zoologiques et centres de sauvegarde de faune sauvage (besoins de poussins pour l’alimentation des rapaces et autres animaux), l’arrêté du 7 novembre 2022 autorise cette mise à mort, exclusivement par gazage.


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La fin du broyage, vraiment ?

Hélas, l’interdiction ne concerne que les poussins mâles de la filière poules pondeuses, de l’espèce Gallus gallus, pas les poules blanches pour lesquelles la technologie actuelle ne permet pas d’identifier dans l’œuf le sexe de l’embryon.

Pour les filières « chairs » (poulets, dindes, pintades, cailles…) et filière gras (canards), l’interdiction ne s’applique pas. Cette dernière catégorie est loin d’être anecdotique puisque selon la revue de l’INRAE, sur les 30 millions de canetons femelles exclues du gavage, 50 % sont broyées ou gazées.

Une destruction de poussins non justifiée pour la filière poulets de chair puisque mâles comme femelles pourraient être élevés. C’est sans compter sur la course à la productivité et les exigences d’établissements d’abattage qui souhaitent recevoir des lots de poulets calibrés afin de faciliter les manœuvres à l’abattoir : suspension, étourdissement et mise à mort des poulets.

Cette exigence amène les producteurs à faire le choix d’un sexe, les mâles le plus souvent puisque leur développement est plus rapide. Dans ce cas, les femelles sont considérées comme déchets de l’industrie, elles sont broyées ou gazées.

Nous parlons ici d’un très grand nombre d’animaux. Dans une question écrite d’avril 2026 à la ministre de l’Agriculture, la députée Anne Stambach-Terrenoir prend l’exemple de l’enquête L214 réalisée dans le couvoir de La Boissière-en-Gâtine, où : « le 23 septembre 2025, 67 704 poussins mâles auraient ainsi été éliminés dans ce seul établissement ».


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L’appel pressant de la LFDA au Gouvernement

Invitée le 28 juillet à l’Hôtel Matignon pour la présentation d’un plan d’action en faveur des animaux, la Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences (LFDA) est intervenue auprès de Sébastien Lecornu ce 21 août pour solliciter une intervention immédiate de ses services.

Puisque les mesures prises pour l’interdiction du broyage des poussins relèvent du domaine réglementaire et non législatif, la LFDA demande une action immédiate du Gouvernement : fixer un calendrier contraignant pour étendre l’interdiction totale de la mise à mort des oisillons à l’ensemble des filières d’élevage, grâce au développement accéléré de nouveaux procédés d’ovosexage.

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