Tout comprendre à l’aquaculture : 1) les poissons

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Bassin d'aquaculture de saumon

En bref

  • Dans cet article, la LFDA fait le point sur l’aquaculture et ses enjeux. L’aquaculture représente désormais plus d’animaux que la pêche de capture. Elle est souvent présentée comme une réponse à la surpêche, mais repose sur un élevage intensif.
  • Les poissons, animaux sentients, sont maintenus à de fortes densités : en France, la réglementation ne fixe aucune limite de densité pour les truites en élevage conventionnel. Parasites, maladies et traitements douloureux entraînent une mortalité élevée. 
  • Dans l’Union européenne, l’étourdissement des poissons avant leur mise à mort n’est pas obligatoire. L’asphyxie à l’air ou dans la glace reste répandue, alors que l’EFSA la classe parmi les pires pratiques pour leur bien-être.
  • Les espèces carnivores (saumon, truite, bar, daurade) sont nourries avec des poissons sauvages : un seul saumon peut représenter plusieurs centaines de petits poissons pêchés. Cela a des conséquences en cascade massives.
  • Pour réduire à la fois la souffrance animale et l’impact environnemental, la solution la plus simple reste de manger moins de poisson, en évitant le chalut de fond et en privilégiant les méthodes de pêche sélectives.

L’aquaculture et son évolution

Qu’est-ce que l’aquaculture ?

L’aquaculture désigne l’élevage d’animaux aquatiques et la culture de plantes marines.

Élevage d’animaux aquatiques

  • Poissons
  • Coquillages huîtres, moules, praires, coques, etc.
  • Céphalopodes poulpe, seiche Élevage en projet
  • Crustacés essentiellement crevettes et écrevisses

Culture de plantes marines

par exemple Algues

Pour les besoins de cet article, nous nous concentrerons sur les poissons. À ce jour, la capacité des coquillages à ressentir de la douleur n’a pas été établie et l’impact environnemental de leur élevage est jugé plus faible que celui des autres. Les crustacés feront, eux, l’objet d’un second article, celui-ci étant déjà dense. 

Depuis les années 1960, l’aquaculture connaît un développement continu. À partir des années 1970 et 1980, elle s’étend à des espèces à plus forte valeur commerciale : saumon, crevettes, bar et daurade. En 2024, selon la FAO, l’aquaculture d’animaux aquatiques atteint 103 millions de tonnes et dépasse la pêche de capture (environ 92 millions de tonnes).

Depuis 1960, la production mondiale d’animaux aquatiques a été multipliée par plus de cinq

Pêche de capture et aquaculture, en millions de tonnes d’animaux aquatiques (poissons, mollusques, crustacés…), 1960-2024. Algues exclues.

Source : FAO, FishStat, production mondiale des pêches et de l’aquaculture 1950-2024 (version 2026.1.0), traitement LFDA. Tonnes en poids vif, pas en nombre d’individus.
Voir les données
AnnéeAquaculture (Mt)Pêche de capture (Mt)Total (Mt)
Lire aussi Les poissons : une nouvelle priorité pour la protection animale ?  Sentience, conditions d’élevage, abattage : ce que la science dit des poissons.

Bien-être animal 

Qu’en est-il du bien-être animal au sein de ces élevages aquatiques ?

Tout d’abord, les poissons sont des animaux sentients. La sentience est la capacité d’un être vivant à vivre des expériences ressenties subjectivement, négatives ou positives : douleur, peur, détresse, mais aussi plaisir ou excitation. Les saumons, les thons, les bars sont tous sentients au même titre qu’une vache, une poule, un chien ou un primate. 

Comme pour les animaux terrestres, le bien-être de ces animaux s’évalue à partir de plusieurs facteurs. 

Densité d’élevage

En France, le poisson le plus élevé est la truite. Or, la réglementation conventionnelle ne fixe aucune limite de densité. Le bio, lui, exige l’équivalent d’une truite pour un seau d’eau.

Combien de truites dans un seau d’eau ?

Densité d’élevage des truites, ramenée à un seau de 10 litres

Élevage bio

Plafond fixé par la réglementation

1 truite

par seau de 10 litres

25 kg par m³, soit environ 100 truites par m³

Élevage conventionnel

Aucune limite réglementaire

Jusqu’à 6 truites

par seau de 10 litres

150 kg par m³ couramment atteints, soit environ 600 truites par m³

Calcul LFDA pour des truites arc-en-ciel « portion » de 250 g. Bio : plafond de 25 kg/m³, règlement d’exécution (UE) 2020/464, annexe II. Conventionnel : aucune limite dans la réglementation française ou européenne ; 150 kg/m³ est la densité « couramment atteinte » en bassins en béton selon l’EFSA (EFSA Journal, 2008, n° 796, annexe I, pratiques observées en Europe).

Parasites et maladies

Le cas le plus emblématique est celui du pou du saumon (Lepeophtheirus salmonis). C’est un petit crustacé qui se fixe sur la peau des saumons élevés en mer et se nourrit de leur mucus, de leur peau et de leur sang. Il provoque des pertes d’écailles, des hémorragies et des plaies ouvertes. Dans des cages qui peuvent compter jusqu’à 200 000 poissons, il se propage facilement. Pour s’en débarrasser, les élevages recourent à des traitements eux-mêmes douloureux. Le plus courant, l’épouillage thermique, consiste à plonger les saumons une trentaine de secondes dans une eau à plus de 28 °C. Des études de l’Institut vétérinaire norvégien ont montré qu’à ces températures, les poissons nagent en panique, se cognent contre les parois et secouent la tête, des comportements typiques de la douleur. En Norvège, premier producteur mondial de saumon d’élevage, les blessures causées par ces traitements sont, avec les maladies infectieuses, les principales causes de mort des saumons en mer. Près de 58 millions de saumons y sont morts en mer en 2024, soit environ 15 % des poissons, avant même l’abattage.

Abattage

Dans l’Union européenne, il n’est pas obligatoire d’étourdir les poissons avant de les tuer. Des méthodes qui les rendent inconscients presque instantanément existent, comme l’étourdissement électrique. Mais l’asphyxie à l’air ou dans la glace reste répandue, alors que l’EFSA la classe parmi les pires pratiques pour leur bien-être. Dans l’eau glacée, une truite met ainsi près de 10 minutes à perdre conscience.

Lire aussi Tribune : « Le bien-être animal, un enjeu crucial pour la pisciculture »  20 associations et 53 personnalités demandent une vraie protection des poissons d’élevage.

Les impacts sur le reste des animaux

Le FIFO

Les principaux poissons d’élevage consommés en France (saumon, truite, bar, daurade) sont carnivores et sont nourris en partie à partir de poissons sauvages, les « poissons fourrage ». Le ratio « Fish In/Fish Out » (FIFO) mesure la quantité de poissons sauvages, en kilos, nécessaire pour produire un kilo de poisson d’élevage. Selon les méthodes et les années, les estimations pour le saumon vont de moins d’un kilo à près de 5 kg de poissons sauvages par kilo de saumon.

Or, certains poissons fourrage sont très petits. L’anchois du Pérou, l’espèce la plus pêchée au monde – et notamment pour fabriquer de la farine de poisson – pèse entre 10 et 30 g. Avec un ratio de 1 pour 1, et si ce fourrage était uniquement composé d’anchois, cela représenterait 33 à 100 individus par kilo de saumon. Un saumon pesant environ 5 kg à l’abattage, cela ferait environ 170 à 500 anchois pour un seul saumon.

Un saumon d’élevage, des centaines d’anchois

Combien d’anchois du Pérou faut-il pêcher pour nourrir un saumon ?

1 saumon

d’environ 5 kg à l’abattage

170 à 500

anchois du Pérou pêchés
pour le nourrir

  • 170 anchois, s’ils pèsent 30 g chacun
  • + 330, soit 500 au total, s’ils pèsent 10 g
5 kg de saumon× 1 kg de poisson sauvage par kg de saumon= 5 kg d’anchois÷ 10 à 30 g par anchois= 170 à 500 anchois
Calcul LFDA, sur la base d’un ratio « Fish In/Fish Out » (FIFO) de 1 pour 1 et d’un fourrage composé uniquement d’anchois du Pérou. Selon les méthodes et les années, les estimations du FIFO pour le saumon vont de moins de 1 à près de 5 : avec un ratio de 5 pour 1, le nombre d’anchois serait multiplié par cinq.

L’impact sur la biodiversité, l’environnement et les économies locales 

Nul besoin de préciser que cela cause d’emblée un vrai enjeu de bien-être pour les poissons fourrages ainsi péchés. Mais ça ne s’arrête pas là. Ces poissons sont une source d’alimentation vitale pour d’autres animaux (qui n’ont, eux, pas d’alternatives), avec des conséquences en cascade. Cela va donc mettre en danger de nombreux oiseaux marins, mammifères marins ou d’autres poissons. 

Les humains en pâtissent aussi : de nombreuses communautés locales dépendent presque exclusivement de la pêche, et cette industrie prive de nombreuses personnes de leur emploi dans la pêche artisanale et la transformation du poisson, notamment en Afrique de l’Ouest. Les premières victimes sont les pays les plus pauvres, où ces petits poissons sont pêchés et transformés.

Plus de 2 400 navires liés à la production de farine de poisson ont été recensés dans le monde, opérant dans les eaux d’au moins 30 pays. À ces bateaux s’ajoutent au moins 165 chalutiers de fonds, une forme de pêche particulièrement destructrice puisqu’elle utilise des filets lestés qui raclent les fonds marins. Les dégâts sur la biodiversité sont accablants pour une méthode d’élevage dont l’un des arguments est de limiter la surpêche.

Que privilégier ?

Souvent présentée comme une alternative à la surpêche, l’aquaculture de poissons peut donc se révéler extrêmement problématique, que ce soit du point de vue du bien-être animal, de l’environnement ou des écosystèmes. 

Comme pour les animaux terrestres, la meilleure façon de ne pas causer de souffrance aux animaux est de ne pas les manger. Si l’on cherche à en manger « moins mais mieux », alors plusieurs facteurs sont à prendre en compte.

Pour l’environnement, les guides de consommation recommandent les espèces dont les stocks sont en bon état et les méthodes de pêche sélectives : ligne, casier, plongée. Ils mettent souvent en avant les petits poissons comme la sardine ou l’anchois, abondants et pêchés avec peu de prises accessoires.

Du point de vue de la souffrance animale, le constat est différent. Un kilo de sardines représente plusieurs dizaines d’individus, alors qu’un kilo de cabillaud n’est qu’une partie d’un seul animal. À quantité égale, choisir de gros poissons réduit donc fortement le nombre d’animaux tués. Ce n’est pas tout : la méthode de pêche compte aussi. Un poisson remonté rapidement à la ligne et tué aussitôt souffre moins longtemps qu’un poisson resté des heures accroché à une palangre ou écrasé dans un chalut.

En aquaculture, les poissons carnivores comme le saumon ou la truite sont nourris en partie avec des poissons sauvages. Un seul saumon peut ainsi représenter plusieurs centaines de petits poissons pêchés. Les espèces qui se nourrissent plus bas dans la chaîne alimentaire, comme la carpe, évitent ce problème. Elles ne règlent pas pour autant celui des conditions d’élevage et d’abattage, encore très peu encadrées.

Les deux approches s’accordent sur un point : éviter le chalut de fond et privilégier les méthodes sélectives. Pour réduire à la fois la souffrance et l’impact environnemental, la solution la plus simple reste de manger moins de poisson.

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