CR : Faut-il arrêter de manger de la viande ?

Louis Schweitzer, Éditions First, Paris, 2020 (8,95€)

Louis Schweitzer, président de la LFDA, s’attaque dans cet ouvrage à une question prégnante dans notre société qui se préoccupe de plus en plus du bien-être animal et du réchauffement climatique : faut-il arrêter de manger de la viande ?

À question simple, réponse complexe. Car pour Louis Schweitzer, la question soulève plusieurs problématiques. En tout cas, sa réponse est double : premièrement, chacun est libre de choisir de manger ou de ne pas manger de viande ; deuxièmement, si l’on décide d’en manger, il faut le faire en connaissance de cause et privilégier la qualité à la quantité.

La consommation de viande

L’ouvrage commence par une première partie sur l’histoire de la consommation de viande et la consommation actuelle. En effet, avec un tel sujet de débat, il convient de le replacer dans son contexte. L’humain, depuis des millions d’années, consomme de la viande. Il a commencé par chasser et pêcher des animaux pour se nourrir de leur chair. Petit à petit, il y a plus de 10 000 ans, il a domestiqué des espèces animales et s’est sédentarisé. L’élevage des bovins, ovins, caprins, porcins est apparu. Dans la plupart des civilisations, la viande a eu une place de choix dans le repas des hommes. Elle est souvent associée à certain niveau de richesse. D’ailleurs, l’accès des classes populaires à la viande est un signe de développement des pays. Par exemple, la Chine voit sa consommation de viande croître de manière vertigineuse à mesure qu’elle se développe.

En France, après la Seconde Guerre mondiale, la consommation de viande a fortement augmenté pour atteindre son pic en 1998 (93,6 kilogrammes équivalent carcasse par an et par habitant). Aujourd’hui, la consommation de viande en général décroit dans notre pays, à l’exception de la viande de poulet, dont les Occidentaux sont de plus en plus friands. Si la consommation des pays occidentaux faiblit légèrement, la consommation au niveau mondial augmente.

Une tendance plutôt occidentale est le développement des régimes sans viande. Qu’ils excluent uniquement la chair d’animaux terrestres ou jusqu’à tout produit d’origine animale (régime végétalien ou végane), ces régimes ne sont pas nouveaux mais prennent une relative ampleur ces dernières années, surtout dans les pays anglo-saxons, et auprès des médias. En France, le pourcentage de végétariens et véganes reste faible (autour de 4 %) mais la tendance pourrait augmenter, à mesure que l’on prend conscience des problèmes posés par une surconsommation de viande.

Son impact sur la santé

Louis Schweitzer base son argumentation autour de trois thématiques : l’impact de la viande sur la santé, sur l’environnement et sur le bien-être des animaux. En ce qui concerne la santé, il ne fustige pas la viande : bien que la viande rouge soit classée comme probablement cancérogène et la charcuterie comme cancérogène par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), elles sont aussi source de nombreux nutriments, notamment un apport facile et efficace en protéines et en fer. Cependant, il ne faut pas en abuser et la limitation de 500 grammes de viande rouge par semaine fixée par l’OMS et l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) est bien une limite maximale à ne pas dépasser, et non un objectif à atteindre. Il en va de même pour la limite de 150 grammes de charcuterie par semaine, car la charcuterie est riche en graisse et en sel, sans parler des additifs au nitrite. D’un point de vue santé nutritionnelle, il ne semble pas y avoir de risque particulier à consommer de la viande blanche. Quant aux poissons, le risque est associé à la pollution au mercure, polychlorobiphényles (PCB) et autres antibiotiques.

Louis Schweitzer revient aussi sur les recommandations nutritionnelles des régimes sans viande. En France, l’ANSES est en train d’élaborer des recommandations à ce sujet. D’autres pays ont déjà indiqué publiquement qu’il n’y avait pas de danger particulier à adopter un régime sans viande, à condition qu’il soit bien mené, c’est-à-dire qu’il associe tous les aliments nécessaires à l’absorption des nutriments essentiels, y compris des compléments alimentaires de vitamine B12 dans le cadre de régimes végétaliens ou véganes.

Son impact sur la planète

L’auteur ne pouvait faire l’impasse sur l’impact de l’élevage sur l’environnement. Le sujet est très prégnant en ces temps de changement climatique. Et pour cause, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’élevage est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre anthropiques globales. L’élevage de ruminants est notamment responsable de fortes émissions de méthane, présent naturellement dans le processus de digestion de ces animaux. Le méthane a un pouvoir de réchauffement bien plus élevé que le dioxyde de carbone, mais il reste moins longtemps dans l’atmosphère. L’agriculture est également responsable de l’émission de dioxyde d’azote, directement liée aux excréments des animaux d’élevage.

En ce qui concerne la possibilité de nourrir la planète, le président de la LFDA est optimiste. Pour lui, la population mondiale ne devrait plus beaucoup augmenter, et les ressources de la Terre permettront dans tous les cas de répondre aux besoins alimentaires de l’ensemble des humains. En théorie en tout cas, car en pratique, le problème réside dans la répartition des ressources entre les pays. Cela nécessite donc une solidarité au niveau mondial.

Louis Schweitzer estime que certains élevages plus traditionnels ne sont pas plus vertueux d’un point de vue environnemental qu’un élevage industriel qui traite les effluents des animaux et contrôle les émissions de gaz à effet de serre. En plus des raisons sanitaires, on comprend là pourquoi il convient de réduire sa consommation de viande pour protéger l’environnement tout en favorisant l’accès à l’extérieur pour les animaux : la réduction de la consommation de viande est nécessaire pour avoir des élevages plus petits et moins nombreux.

Son impact sur le bien-être animal

La troisième thématique d’argumentation abordée concerne ce qui nous intéresse particulièrement : le bien-être des animaux d’élevage. L’auteur revient d’abord sur les différents philosophes qui ont façonné l’éthique animale : de Pythagore à Peter Singer, en passant par Jean-Jacques Rousseau et Jérémy Bentham, pour n’en citer que quelques-uns. Il s’attarde sur la notion d’antispécisme par opposition au spécisme, c’est-à-dire la discrimination de traitement en fonction de l’espèce. Il explique également ce qu’est la sensibilité, ou la sentience, des animaux. Ensuite, Louis Schweitzer s’attarde sur le bien-être animal, mot souvent utilisé comme « fourre-tout ». Il rappelle qu’il ne se limite pas à traiter correctement un animal mais inclut une notion de subjectivité, de perception par l’animal, comme l’indique la définition donnée par l’ANSES (4). La législation en matière de protection animale est brièvement évoquée.

Comme exemples concrets des conditions des vie des animaux, l’élevage de lapin ou la ferme néerlandaise au million de poulets ne font pas rêver. Une description de pratiques cruelles subies par les animaux (écornage, coupe de la queue, castration à vif, gavage…) et de troubles liés aux conditions d’élevage (stéréotypies, cannibalisme…) finit de ternir l’image d’Épinal de l’élevage.

Louis Schweitzer tient sa sensibilité pour la cause animale de son oncle, le philosophe et prix Nobel de la paix Albert Schweitzer. Il reproduit dans son ouvrage un sermon de son oncle sur l’abattage, toujours d’actualité plus d’un siècle plus tard. Mais le neveu d’Albert Schweitzer est un fervent défenseur de l’élevage : un élevage respectueux du bien-être des animaux. Une viande qui coûte plus cher à produire. Qu’il faut ainsi manger en plus petite quantité. Et la boucle est bouclée.

Conclusion

La dernière partie de l’ouvrage donne « 10 conseils pour manger mieux », parmi lesquels manger « local », privilégier les labels et le niveau supérieur de l’étiquetage bien-être animal, ou encore réduire le gaspillage.

Clair et concis, l’ouvrage Faut-il arrêter de manger de la viande ? saura éclairer le lecteur-citoyen-consommateur, pour lui permettre de trancher sur la question et l’aider à faire des choix en pleine conscience, sur la base d’une argumentation factuelle et rationnelle.

Nikita Bachelard

Louis Schweitzer s’est exprimé sur son ouvrage dans plusieurs médias dans le courant des mois de février et mars 2020. Vous pouvez notamment le retrouver en podcast dans l’émission « L’invité de RTL » par Alba Ventura le 20 février à 7h45. Il a également passé le « Grand oral des GG » dans l’émission les Grandes Gueules (10 heures – 12 heures) sur la radio RMC le 9 mars.


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