Zoo et conservation des espèces : efficace ou opération marketing ?

La sixième extinction de masse, actuellement en cours, caractérise une disparition massive d’espèces causée par l’activité humaine. L’augmentation de la démographie, qui s’accompagne d’un système d’agriculture souvent peu respectueux de l’environnement (déforestation, utilisation massive de produits phytosanitaires…) et l’accélération du réchauffement climatique ont en effet causé une érosion gigantesque de l’habitat. Celle-ci serait ainsi responsable d’une diminution drastique des populations d’insectes, dont nous mesurons petit à petit l’impact environnemental. 

Une étude longitudinale menée dans une aire protégée allemande fait un constat plus qu’alarmant : 75 % de la biomasse des insectes aurait disparu en moins de 30 ans. En à peine plus de 500 ans, nous avons vu s’éteindre 320 espèces de vertébrés terrestres et on estime que chaque année, 1 % des espèces connues d’invertébrés s’éteindrait. La liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui constitue l’inventaire le plus complet de l’état de conservation global de la faune et de la flore, fait apparaître une augmentation constante du nombre d’espèces en voie de disparition. Aujourd’hui, 31 030 espèces animales et végétales sur les 116 177 connues sont menacées d’extinction.

Les zoos : une mission officielle de conservation des espèces

Pour tenter de freiner ce processus alarmant, de nombreuses actions de conservation voient le jour. Elles ont cinq objectifs clés : préserver la biodiversité, prévenir l’extinction des espèces, maintenir la complexité biologique, assurer la continuité des processus évolutifs qui améliore les capacités d’adaptation des espèces et enfin, prôner la valeur intrinsèque de la biodiversité. L’élevage en captivité représente un des outils disponibles pour accéder à ces objectifs et met en avant un potentiel rôle des zoos dans la conservation. Les zoos se sont fondés sur des collections privées d’animaux exotiques, ayant pour principal objectif de distraire les plus riches en valorisant leurs propriétaires. L’extraction des animaux à leur milieu naturel à ces fins auraient d’ailleurs participé de façon importante à l’extinction massive de certaines espèces notamment car la capture de juvéniles s’accompagne généralement du meurtre de toute une famille. Ces dernières années, les zoos ont assuré leur engagement face à la conservation, se qualifiant parfois d’arche de Noé capable de maintenir la biodiversité à flot. Mais qu’en est-il vraiment ?

La première difficulté, lorsque l’on s’intéresse aux actions menées par les parcs zoologiques est de donner une définition d’un zoo. Selon la directive européenne du 29 mars 1999 (Article 2) :

« On entend par “jardins zoologiques” tous les établissements permanents où des animaux vivants d’espèces sauvages sont détenus en vue d’être exposés au public pendant sept jours par an ou davantage, à l’exception, toutefois, des cirques et des magasins vendant des animaux de compagnie ainsi que des établissements que les États membres exemptent des exigences de la présente directive du fait qu’ils n’exposent pas un nombre important d’animaux ou d’espèces au public et que cette exemption ne portera pas atteinte aux objectifs de la présente directive. »

La définition européenne est donc assez large et pose notamment un problème dans le recensement. Selon l’association Born Free, en 2011, on estimait en France entre 300 et 943 zoos selon les sources. De fait, l’absence de données officielles empêche toute analyse exhaustive des réelles activités de conservation menées par les zoos. Qui plus est, la directive européenne demande aux zoos un engagement à la conservation via divers biais :

  • « la participation à la recherche dont les avantages bénéficient à la conservation des espèces et/ou à la formation pour l’acquisition de qualifications en matière de conservation et/ou à l’échange d’informations sur la conservation des espèces et/ou, le cas échéant, à la reproduction en captivité, au repeuplement et à la réintroduction d’espèces dans les habitats sauvages,
  • la promotion de l’éducation et de la sensibilisation du public en ce qui concerne la conservation de la diversité biologique, notamment en fournissant des renseignements sur les espèces exposées et leurs habitats naturels,
  • la détention des animaux dans des conditions visant à satisfaire les besoins biologiques et de conservation des différentes espèces, en prévoyant, notamment, un enrichissement des enclos en fonction de chaque espèce et le maintien de conditions d’élevage de haut niveau, assorti d’un programme étendu de soins vétérinaires prophylactiques et curatifs et de nutrition » (article 3 de la directive européenne).

Premièrement, le manque de transparence sur le nombre de zoos en Europe implique forcément une problématique quant à la capacité de contrôle de l’Union européenne de la bonne application de cette directive. Deuxièmement, la bonne application de ces règles nécessite une bonne collaboration entre les zoos, notamment en ce qui concerne les programmes de reproduction. L’European Association of Zoos and Aquaria (EAZA) est une association européenne qui permet de faciliter la coopération entre les zoos et aquariums améliorant ainsi les échanges d’animaux entre institutions. Ces échanges sont nécessaires au maintien de populations viables à travers l’Europe car ils permettent un brassage de gènes limitant l’appauvrissement génétique. Bien que tous les zoos soient tenus de s’investir dans la conservation, il n’existe aucune réglementation qui obligerait les zoos à s’inscrire dans ce regroupement. Pourtant, le maintien de la diversité génétique est un enjeu majeur dans les projets de conservation. Aujourd’hui, l’EAZA compte uniquement 303 membres permanents alors qu’on estime qu’il existe près de 3500 zoos en Europe. Il est notable qu’en moyenne, les espèces menacées ne représentent que 19 % des espèces présentées en incluant les espèces disparues dans la nature et les espèces quasi menacées. Ce pourcentage, relativement faible, nous laisse nous interroger sur la réelle implication des zoos en terme de conservation.

Les biais des actions de recherche et de pédagogie

Parmi les actions liées à la conservation que les zoos peuvent mettre en place, l’Union européenne propose « la participation à la recherche dont les avantages bénéficient à la conservation des espèces ». Cependant, il est intéressant de se pencher sur la pertinence de ces recherches. En effet, tous les aspects de la vie des animaux captifs (alimentation, habitat, reproduction…) sont contrôlés par les zoos et la compréhension du fonctionnement de l’animal lors d’observation en parc zoologique peut paraître biaisée sous ces conditions. De plus, beaucoup de recherches y sont menées sur le comportement, or puisque les animaux adaptent leur comportement aux conditions de captivité, les conclusions émises par ces études peuvent être inapplicables aux animaux sauvages libres évoluant dans leur milieu naturel. Les comportements anormaux, tels que les stéréotypies, sont communs en parc zoologique or, les mécanismes biologiques qui sous-tendent leur apparition affecteraient également les résultats d’expériences comportementales. Ces biais amoindrissent la valeur prédictive des comportements dans des conditions naturelles ; les études menées en zoo semblent donc davantage tournées vers l’amélioration de la compréhension des comportements d’animaux captifs que vers une réelle volonté d’améliorer la conservation des espèces.

« La promotion de l’éducation et de la sensibilisation du public en ce qui concerne la conservation de la diversité biologique, notamment en fournissant des renseignements sur les espèces exposées et leurs habitats naturels » constitue l’une des obligations des zoos face à la conservation. Avec environ 700 millions de visiteurs par an dans le monde, les zoos pourraient être des acteurs de premier ordre en matière de sensibilisation. L’apprentissage des visiteurs à la suite d’une visite au zoo ne fait pas consensus au sein de la littérature. De nos jours, aucune preuve irréfutable n’a été donnée concernant une réelle modification des comportements à la suite d’une visite en parc zoologique et les études montrent que la volonté d’implication des visiteurs peut être atténuée dès la sortie du zoo. Qu’en serait-il donc une heure, un jour ou un mois après ? On peut reprocher aux zoos de créer une réelle séparation entre l’homme et les autres espèces et de prôner l’image d’un humain dominant le monde animal. Les actions de conservation in situ – c’est-à-dire dans le milieu naturel des populations – présentées en zoo se déroulent généralement dans un pays lointain ce qui pourrait minimiser l’implication des visiteurs. Cela pourrait également moduler la prise de conscience sur les conséquences de leurs actes dans la crise de la biodiversité. Le choix des animaux exposés au public se base avant tout sur l’aspect médiatique et l’attirance des visiteurs. En outre, on estime que les zoos recensent uniquement 1 % des espèces d’invertébrés menacés. Cet élitisme dans le choix des collections engendre une représentation écosystémique très limitée. Généralement, les zoos justifient leur choix par l’aspect charismatique de certains animaux qui permettrait une meilleure sensibilisation du public. Cependant, ces choix ne prennent pas en compte l’adaptation des espèces à la captivité. En effet, si les problèmes de stéréotypies peuvent s’améliorer chez les ruminants via certaines mesures comme la mise en place d’un nourrissage en continu, chez les grands prédateurs, le facteur essentiel est l’augmentation de leur espace de vie qui n’est généralement pas réalisable pour les zoos. Pour l’association Rewild, prôner une sensibilisation de l’environnement en mettant en place des infrastructures très coûteuses en énergie tels que la fausse banquise du Marineland d’Antibes, semble quelque peu paradoxal. Enfin, la faune locale, généralement peu représentée en zoo, pourrait être un meilleur outil de sensibilisation, notamment car elle faciliterait la conscientisation de l’impact des actions quotidiennes des visiteurs sur la modification de l’environnement. Par ailleurs, ces espèces seraient plus adaptées aux conditions climatiques proposées par les zoos.

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Aujourd’hui, on voit apparaître des moyens d’éducation et de sensibilisation alternatifs qui pourraient faire évoluer les zoos vers une activité qui ne dépendrait plus de l’élevage d’animaux vertébrés en captivité. Par exemple, une équipe de chercheurs néozélandais travaille actuellement sur la mise au point de dauphins mécaniques ou encore le cirque allemand Roncalli a remplacé ses animaux par des hologrammes. Enfin, les safaris en ligne et autres documentaires animaliers permettent de fournir une réelle éducation sur les animaux et ce dans leurs contextes de vie originels. Pour ce qui est du choix des espèces, certains parcs ont réussi à attirer l’attention du public avec des espèces beaucoup moins charismatiques. On peut par exemple citer Micropolis, parc zoologique de l’Aveyron spécialisé dans les insectesou encore Micropia, un zoo spécialisé dans les microbes qui a ouvert ses portes à Amsterdam. Ces solutions apparaissent comme des enjeux majeurs car le manque de place constitue la principale difficulté dans l’élevage en captivité.

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Les défis et défauts des programmes de reproduction

Les programmes de reproduction sont des éléments majeurs dans l’implication des zoos face à la chute de la biodiversité. Quinze pourcents des espèces trouvées en zoo sont rattachées à ce type de programme qui constituent, pour certaines espèces dont l’habitat non viable aurait causé l’extinction, l’unique option de les faire perdurer. Cependant, les programmes de reproduction s’accompagnent des défis majeurs qui rendent leur application difficile : ils ne sont d’ailleurs applicables qu’à une faible partie de la biodiversité, notamment les espèces de petits vertébrés et d’invertébrés.  

Tout d’abord, il est nécessaire de minimiser la dérive génétique. Il s’agit d’un processus de l’évolution normal qui tient d’ailleurs un rôle majeur dans la création de nouvelles espèces et leur survie dans des écosystèmes eux-mêmes en évolution. Dans une population de petite taille, la dérive génétique aboutit à une baisse de la diversité génétique qui peut mener jusqu’à l’extinction de la population concernée : conservation de tares génétiques, non adaptation aux modifications du milieu… Cela nécessite donc la mise en place de grande population, souvent sous forme de métapopulation que l’on définit comme un ensemble de populations d’une même espèce séparées par des barrières géographiques mais dans lesquelles il existe des échanges de gènes. Pour cela, il faut une bonne coordination entre les zoos et notamment un regroupement géographique par espèce pour minimiser les transports. Cependant, l’inscription à l’EAZA étant volontaire et aucune réglementation ne régissant la constitution des collections, le fonctionnement de ces métapopulations n’est pas optimal. De plus, certaines populations se sont constituées sur la base d’un très faible échantillon, ce qui accentue le risque de consanguinité chez les animaux. Cela diminue leurs capacités d’adaptation et de reproduction, favorise leur vulnérabilité aux maladies et augmente le risque d’extinction de l’espèce. La captivité en elle-même aurait également un impact négatif sur les capacités de reproduction comme c’est le cas chez les éléphants. Certains zoos ne sont pas assez attentifs aux croisements inter-sous-espèces. Par exemple, un croisement entre le tigre de Sibérie et le tigre indien peuple massivement les zoos d’Amérique du Nord. Or, ces sous-espèces créées par l’homme ne pourront pas entrer dans des programmes de conservation et ne pourront jamais être réintroduits dans la nature. 

À l’instar de leur mission d’éducation, les programmes de reproduction entrent en conflit avec le choix des espèces sélectionnées par les zoos. On peut citer le cas du tigre blanc, qui doit sa couleur à une mutation génétique engendrant une déficience des cellules pigmentaires. Depuis 1991, le zoo de Beauval maintient une population de tigres blancs, qui ne sont pas présents dans la nature car cette déficience n’est absolument pas adaptative pour cette espèce. Il n’y a donc aucune chance que ces individus puissent un jour retourner à l’état sauvage. Les espèces sélectionnées dans les zoos sont principalement de grande taille, même si la reproduction en captivité pourrait être un bon outil pour des petites espèces, ce qui rend les programmes de reproduction généralement excessivement coûteux. Le choix d’un engagement des zoos dans de telles actions, visibles mais avec peu d’impact, font regretter un manque d’engagement financier sur d’autres actions de conservation essentielles telle que la préservation des habitats.

L’analogie de l’Arche de Noé est commune pour illustrer l’implication des zoos dans la conservation. En plus de mettre en avant le risque de consanguinité et le manque de fondement scientifique, cette représentation met à jour la capacité limitée des zoos. Une étude parue en 2010 estimait que chaque année, 52 espèces de vertébrés avançaient d’une catégorie plus proche de l’extinction dans la liste rouge de l’UICN. Les programmes de reproduction ont leur limite et les métapopulations viables demeurent trop peu nombreuses : par exemple, on estime que seul 9 % des populations d’oiseaux d’espèces menacées captifs constituent des métapopulations suffisamment importantes pour maintenir une population viable non sujette aux problématiques génétiques.

Enfin, cet engagement pour la reproduction semble également en inadéquation avec une problématique souvent soulevée : celle de la mortalité en zoo. Diverses causes sont attribuables à la mort d’un individu en captivité en dehors des causes naturelles telles que l’âge : ingestion de toxines, températures extrêmes, combats résultants d’une structure sociale inadaptée, mauvaise nutrition ou personnel dont la formation est insuffisante. C’est par exemple le cas de Jacob, le rhinocéros noir du zoo de Pont Scorff décédé prématurément d’une maladie de peau causée par le froid, une alimentation mal adaptée et le stress. De plus, les zoos pratiquent ce que l’on peut appeler une euthanasie de gestion. Celle-ci correspond à la mise à mort d’animaux en bonne santé, pour des raisons logistiques (principalement pour manque de place ou de moyens). Les zoos la justifient par une abondance des naissances ne pouvant être limitées par des contraceptifs ou des séparations mâle/femelle qui perturberaient le comportement. La conservation d’un individu en surplus causerait un amoindrissement des ressources pour les autres pensionnaires, diminuant ainsi leur bien-être. Selon Lesley Dickie, directrice exécutive de l’EAZA jusqu’en 2014, cette pratique concernerait 3000 à 5000 animaux en Europe chaque année. L’exécution et l’autopsie publique de Marius, le girafon du zoo de Copenhague, le 9 février 2014, avait fait beaucoup de bruit dans la presse. D’après Le Monde, plusieurs zoos, eux aussi membre de l’EAZA, auraient proposé de récupérer le jeune girafon et seraient restés sans réponse. Deux ans plus tard, la girafe a été inscrite sur la liste rouge de l’UICN comme espèce vulnérable car ses effectifs sont en constant déclins, et elle a intégré l’annexe II de la Convention de Washington sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) en 2018, dans le but de réguler son commerce à l’international.

Maintenir des espèces en voie de disparition

La réintroduction en milieu naturel est généralement présentée comme la finalité principale des programmes de reproduction, les zoos représentant une source potentielle d’animaux pour ces projets. Cependant, les processus de domestication, c’est à dire l’adaptation d’une population aux conditions de captivité, qui apparaissent avec le maintien des animaux de génération en génération, amoindrissent les capacités d’adaptation et les chances de survie lors des réintroductions. De nombreuses tentatives se sont soldées par un échec. En 1995, on estimait que seules 16 programmes de réintroduction sur 145 auraient réussi. Ces programmes nécessitent des équipes spécialisées, notamment pour mettre en place une adaptation comportementale avant la réintroduction. Là encore, le choix du taxon ne semble pas adéquat. Prenons par exemple le projet Amphibian Ark qui est mené par plusieurs partenaires dont l’UICN et la World Association of Zoos and Aquariums (WAZA). Aujourd’hui on estime que 41 % des espèces d’amphibiens sont menacées d’extinction et la mise en place d’un projet mondial est apparu comme une réelle nécessité pour la conservation de ces espèces. Ce projet possède plusieurs objectifs qui ont pu être menés à bien : valoriser l’image des amphibiens via des actions d’éducation, récupérer des dons afin d’améliorer la conservation de leurs habitats ou encore mettre en place des programmes de réintroduction via une reproduction en captivité. Les amphibiens se sont majoritairement bien adaptés au processus de conservation ex situ et la majorité des essais de réintroduction ont abouti à une réussite. Aujourd’hui les zoos ne possèdent que 3 % des amphibiens menacés d’extinction.  Des efforts pour étendre ce type de mesure sont de fait nécessaire et cela doit passer par une augmentation des espaces qui leurs sont consacrés, intrinsèquement liés à une modification profonde des collections zoologiques.

Afin de maintenir une certaine variabilité génétique, certains prônent encore la nécessité de prélever des individus à l’état sauvage. Lorsque la CITES ne l’interdit pas, il est en effet possible de capturer des animaux et ce même sans programme de conservation spécifique. Ainsi, en 2018, l’aquarium Nausicaa remplissait avec engouement son nouveau bassin avec des individus prélevés en pleine nature. Rapidement c’est l’hécatombe : aujourd’hui l’ensemble des 28 requins-marteaux en provenance d’Australie prélevés entre 2011 et 2018 sont décédés.      

Un dernier moyen d’actions dans le domaine de la conservation mis en place par les zoos est leur engagement envers la conservation in situ. Là aussi, on retrouve un biais taxonomique important puisque 50 % des projets concernent des mammifères. La présentation des espèces dites “porte-drapeau” qui sont des espèces charismatiques mises en valeur afin d’augmenter le soutien de conservation, pourrait-elle être principalement une justification pour maintenir ce type d’espèces en exposition ? Le financement de ce type de projet n’est pas une obligation pour les zoos. Dans une étude menée par l’ONG Born Free en 2011, qui analyse l’activité de 25 zoos français choisis au hasard, seul 14 participaient à ce type de conservation. Bien que le financement de la WAZA soit au demeurant important (350 millions de dollars par an en moyenne), pour Gusset & Dick (2010) cette participation reste faible comparativement à leur revenu annuel. L’apport financier étant le principal facteur dans la réussite des projets de conservation in situ, il est essentiel que les zoos s’impliquent davantage dans ces derniers. L’une des principales critiques de la conservation ex situ menée en zoo est de minimiser l’allocation des ressources pouvant être fournies aux actions de conservation in situ qui permettent une protection de l’environnement et ainsi de tout un écosystème. De plus, selon la taille de l’espèce, la différence de coût entre les deux types de conservation (ex-situ et in-situ) varie. Ainsi, les animaux imposants seraient davantage adaptés à une conservation in situ ; on estime que celle-ci coûterait 50 fois moins cher lorsque l’on s’intéresse à des espèces telles que l’éléphant ou le rhinocéros. Par ailleurs, cette conservation démontre aujourd’hui une grande efficacité : par exemple, les baleines à bosses, dont la conservation a débuté dans les années 1960, ont retrouvé aujourd’hui 93% de leur effectif initial du début de leur exploitation au XIXe siècle. Enfin, conserver une espèce hors de son milieu n’est pas une fin en soi. Prôner l’existence des zoos pour la conservation implique que la captivité soit transitoire et que la liberté soit de nouveau possible une fois l’habitat restauré. Le manque d’implication des zoos pour ce type de projet semble donc les éloigner quelque peu de leur objectif de conservation.

Conclusion

Même si l’implication des zoos pour la conservation semble avoir évolué depuis l’entrée en vigueur de la directive européenne de 1999, elle ne constitue pas encore un élément suffisant pour les considérer comme des acteurs majeurs. Tant qu’il n’y aura pas une véritable coordination entre les zoos et une modification profonde de leurs collections, leurs actions resteront très limitées. Le maintien en captivité s’accompagne systématiquement de souffrance pour l’animal. Si ces souffrances ne sont pas légitimées par de réelles actions de conservation, il n’y a aucune justification au maintien de ces populations en captivité, si ce n’est le plaisir des visiteurs. Les espèces ne remplissant pas les critères de conservation font diminuer la place disponible pour celles nécessitant un renforcement de leur population. Des mesures européennes explicites et précises pourraient permettre de créer de réelles métapopulations cohérentes et d’éviter le recours à l’euthanasie de gestion ; celle-ci apparaît comme une aberration face à l’extinction massive d’espèces que nous vivons aujourd’hui et elle est au demeurant incompatible avec les actions de sensibilisation du public. De la même façon, avec plus de 50 espèces de vertébrés par an se rapprochant de la disparition, perpétuer les prélèvements en milieu naturel d’espèces non menacées actuellement semble être une initiative peu mesurée. Le manque d’intérêt pour la faune sauvage locale apparaît comme une réelle problématique. Rien qu’en France on dénombre plus de 790 espèces menacées sur les 6687 recensées et sensibiliser les populations à leur protection est au demeurant de première nécessité. L’utilisation de nouvelles technologies pourrait maintenir une attractivité suffisante pour permettre aux zoos de poursuivre leur financement des programmes in situ, outils majeurs de la conservation.     

Pour finir, la crise liée à la propagation du virus Covid-19 pourrait permettre d’ouvrir les yeux sur certains aspects des zoos jusqu’alors méconnus. Tout d’abord, le confinement nous aura peut-être permis de mettre un tant soit peu le doigt sur ce qu’est une vie enfermée. Nous y avons passé deux mois et demi, ils y resteront toute leur vie. Nous pouvons également citer l’exemple des deux pandas du zoo de Hong-Kong qui ont profité de cette accalmie pour s’accoupler pour la première fois en neuf ans. Il est de fait important de se demander si conservation et exposition au public font vraiment bon ménage. Pour conclure, il est important de rappeler que les zoos sont majoritairement des entreprises, fluctuant selon les lois du marché. En raison du manque de touristes, un zoo d’Allemagne envisageait (dans un cas extrême) de sacrifier des animaux pour en nourrir d’autres. On peut donc se questionner : mettre le droit de vie et de mort d’animaux entre les mains de l’offre et de la demande, est-ce vraiment raisonnable ?

Mathilde Delaup

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