One Health : une seule santé – beaucoup d’enjeux

Le « One Health Summit » s’est achevé le 7 avril 2026 sous la co-présidence de la France. Des perspectives intéressantes, à condition de ne pas tomber dans le piège d’une vision anthropocentrée. La santé animale et la santé environnementale ne doivent pas être protégées uniquement pour le bien des humains.

One health : de quoi parle-t-on ?

One health – « une seule santé » – est une initiative internationale qui vise à considérer conjointement les enjeux de santé humaine, de santé animale et de santé environnementale. Cela part du constat que ces différentes problématiques sont interdépendantes et qu’il est plus intéressant de les considérer ensemble, en prenant compte des différentes synergies à l’œuvre, plutôt qu’individuellement.

L’Unesco en posait les jalons dès 1968 lors d’une conférence sur la biosphère :

L’homme fait partie intégrante de la plupart des écosystèmes, non seulement influençant mais subissant l’influence ; sa santé physique et mentale, présente et future, est intimement liée aux systèmes dynamiques des éléments, des forces et des processus naturels qui interagissent avec la biosphère et incluant également la culture de l’homme.

Du 5 au 7 avril 2026, la France a accueilli le One health summit, un sommet international regroupant chefs d’États, organisations internationales, associations, etc. La déclaration commune acte la nécessité de réformer une architecture mondiale jugée trop fragmentée.

Concrètement, cela implique des mécanismes de coordination entre secteurs jusqu’ici cloisonnés : des vétérinaires, épidémiologistes et écologues qui travaillent ensemble sur la surveillance des zoonoses, des ministères de la santé et de l’agriculture qui partagent leurs données, ou encore des protocoles communs entre pays pour détecter les foyers infectieux avant qu’ils ne franchissent les frontières. C’est précisément ce type d’architecture que le sommet d’avril 2026 cherchait à consolider à l’échelle mondiale.

Enjeux éthiques & moraux 

Cette approche semble avoir de nombreuses qualités, permettant des co-bénéfices intéressants : préserver la santé animale parce qu’on protège l’environnement, préserver la santé humaine parce qu’on améliore la santé animale. Il y a toutefois un risque d’anthropocentrisme duquel nous souhaitons nous préserver.

Pour la LFDA, les animaux sont des êtres qui méritent toute notre considération, en tant que tels. Leur santé et leur bien-être doivent être préservés, protégés, et pas uniquement parce que cela aurait des bénéfices pour l’humain.

Nous refusons la vision de Descartes qui considérait l’homme « maître et possesseur de la nature« , en droit d’en disposer selon sa volonté. Nous considérons que fonder un ordre moral sur la « loi du plus fort » est profondément injuste en tout lieu, et notamment en ce qui concerne le sort des animaux.

Ainsi, il s’agit de ne pas considérer la santé humaine comme une fin alors que les santés animales et environnementales ne seraient que des moyens au service de cette fin. Les trois sont pour nous des fins et des moyens au service des autres. Et de fait, si la préservation du bien-être animal peut servir à préserver la santé humaine alors tant mieux. Mais si l’on ne préserve le bien-être animal que parce que cela nous est utile, nous restons dans une logique éthiquement problématique.


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Concrètement, quelles solutions ?

Ces considérations morales étant établies, nous reconnaissons dans ce courant de nombreuses vertus qui rejoignent les combats de la LFDA depuis sa création.

Consommation de viande

En premier lieu, réduire sa consommation de viande a des bénéfices considérables sur tous les plans. Sur le versant santé, 63% de la population française dépasse les quantités maximales recommandées pour la charcuterie et 32% pour la viande rouge. Cette surconsommation augmente les risques de développer des maladies non transmissibles importantes (hypertension, maladies cardiovasculaires, diabète, cancers, etc.). Environ 10 millions d’adultes sont en situation d’obésité, et plus de 4 millions de Français vivent avec un diabète – une augmentation de 160% en 20 ans.

Côté environnement, le constat est tout aussi clair. Selon le Haut Conseil pour le Climat, la France doit diminuer sa consommation de produits d’origine animale de 30% d’ici 2050 pour espérer atteindre des engagements climatiques. Prenons l’exemple de la forêt Amazonienne. Des pans entiers en sont rasés pour y planter du soja qui sert majoritairement à nourrir du bétail, y compris le bétail français. Les impacts sont donc nombreux, que ce soit d’un point de vue climat, biodiversité, ou même qualité des sols.

Ainsi, réduire la consommation de viande (de moitié pour certains scientifiques, jusqu’à 70% pour un des scénarios de l’ADEME), permet d’agir efficacement sur les trois volets analysés ici – faut-il préciser les bénéfices pour le bien-être animal ?

Agriculture intensive & antibiotiques

Promouvoir une agriculture moins intensive est capital. Cela concerne évidemment l’élevage car les conditions de vie des animaux d’élevages intensifs sont incompatibles avec une quelconque forme de bien-être. Mais cela implique aussi l’agriculture végétale. L’utilisation massive d’engrais, OGM et pesticides provoque des dégâts considérables sur les population d’insectes, d’oiseaux, de poissons et de mammifères dont les humains. L’UICN traite le sujet dans son dernier rapport :

L’expansion et l’intensification de l’agriculture affectent ainsi négativement les écosystèmes naturels et les espèces sauvages qui jouent pourtant un rôle essentiel dans les équilibres environnementaux et sanitaires globaux. Autant de raisons pour lesquelles l’IPBES écrit que « l’agriculture intensive a augmenté la production au détriment des fonctions de régulation et des contributions non-matérielles de la nature »

Le même rapport cite plus loin le Conseil de l’Europe avec un rappel important :

On entend par «systèmes d’élevage intensif» les méthodes d’élevage dans lesquelles les animaux sont détenus en tel nombre, ou en telle densité, ou dans de telles conditions, ou en vue de tels taux de production que leur santé et leur bien-être dépendent des fréquentes attentions de l’homme.»

Ce qui, dans les faits, n’est pas le cas aujourd’hui. L’importance du suivi individuel se poursuit sur la question des médicaments, et plus précisément sur les antibiotiques parfois administrés préventivement. Cette pratique crée des résistances microbiennes dont l’impact sur la santé humaine est bien documenté et dénoncée par les spécialistes (comme l’OMS). À l’inverse donc, parmi les solutions mises en avant par les scientifiques se trouve davantage de suivi individuel des animaux, ce qui demande nécessairement des élevages moins intensifs.

Là-encore, un système intéressant se dessine : élever moins de bêtes, dans des espaces moins intensifs et avec davantage de suivi humain permettrait à la fois d’améliorer leur bien-être, de réduire l’impact sur l’environnement et d’améliorer la santé humaine. Ce type de système est également plus à même de garantir un meilleur bien-être pour les éleveurs que les systèmes industriels.

Le rôle des prédateurs

Le sujet des animaux sauvages offre un autre exemple intéressant. Plusieurs études ont démontré que certains mammifères (le renard roux, la fouine ou la marte par exemple) ont un rôle écologique précieux. Ils sont prédateurs naturels de rongeurs, lesquels peuvent être porteurs de maladie transmissibles à l’humain (comme Lyme). Or, en France ces trois espèces tombent dans la catégorie des ESOD (« espèce susceptible d’occasionner des dégâts ») et sont tuées par centaines de milliers chaque année. La LFDA prône la fin de cette classification, ce qui préserverait la vie de ces animaux, mais pourrait également avoir une incidence positive au niveau santé publique.

On observe aussi un potentiel intéressant au niveau de l’agriculture. Une étude américaine a analysé l’impact de certains prédateurs sur la régulation des animaux dits « nuisibles ». On parle ici d’invertébrés : pucerons, chenilles, mouches et coléoptères que les agriculteurs éliminent à renfort de pesticides pour majeur partie. Laisser leurs prédateurs naturels (chauve-souris, coccinelles, etc.) les chasser semble avoir des effets significatifs considérant les ravages provoqués par les pesticides sur l’environnement comme la santé humaine.

Tous pour un ?

En conclusion, l’initiative « One health » offre de nombreuses pistes intéressantes pour une coordination adroite et intelligente des politiques publiques, au service de la santé publique, de la préservation de l’environnement et du bien-être animal.

Nous garderons une attention particulière à l’égard du moteur qui semble animer beaucoup d’acteurs enthousiastes. Si la préservation de la santé animale et de l’environnement ne sont prônées qu’au nom de la santé humaine, alors nous échouons à opérer une prise de recul nécessaire.

Consciente de l’impact qu’elle a déjà sur toute la Terre (qu’on appelle « l’anthropocène »), l’humanité se grandirait en faisant entrer dans le giron de son entière considération et de son respect le reste du vivant. Non pas au nom des services rendus, mais au nom d’une forme d’égalité plus universelle.

Notions importantes (cliquer pour dérouler)

One health — Une seule santé

Née au début des années 2000 (bien que ses racines soient plus anciennes), cette initiative promeut une approche systémique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale, aux échelles locales, nationales et internationales.

L’approche a originellement été très anthropocentrée, à savoir notamment préserver l’environnement pour améliorer la santé humaine. Cette logique est encore souvent présente, mais certains acteurs – dont la LFDA – travaillent à faire évoluer cette perspective.

→ Anthropocentrisme

Du grec « anthropos », l’humain, l’anthropocentrisme est une vision philosophique qui place l’être humain au centre de l’univers. Elle a des racines philosophiques, morales et religieuses profondes.

Nous estimons qu’elle peut souvent conduire à des égarements éthiques, plaçant l’humain sur un piédestal et de fait reléguant le reste du vivant ou de la nature.

→ Anthropocène

L’Anthropocène peut être considéré comme l’époque de l’histoire de la Terre au cours de laquelle les activités humaines ont un impact significatif et global sur le système planétaire.

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