La Cop18 de la CITES, un nouvel élan pour les espèces protégées

Le fossé se creuse entre ceux qui protègent les espèces sauvages et ceux qui les détruisent. D’une part, en août dernier, l’administration Trump a choisi d’assouplir la loi fédérale protégeant les espèces menacées d’extinction (Endangered Species Act) en donnant la possibilité d’évaluer l’impact économique d’une mesure de protection, au risque de mettre en péril les animaux emblématiques des États-Unis. Plus au sud, la forêt amazonienne part en fumée sous l’inaction du gouvernement de Jair Bolsonaro qui estime que la déforestation favorise la reconstruction économique du Brésil.

D’autre part, lors de ce même mois d’août, du 17 au 28, se tenait à Genève la 18e session de la conférence des Parties (Cop18) de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, dite CITES ou convention de Washington. Les recommandations sont encourageantes et saluées par les associations de protection de l’environnement.

Il y a déjà 30 ans, Martine Rémond-Gouilloud constatait que l’homme croyait avoir sur la nature « tous les droits, jusqu’à celui de la détruire » et préconisait la sagesse face à l’inquiétude écologique. Revenons sur la CITES, une convention à la frontière entre ces deux réalités.

I. La CITES, un texte toujours d’actualité.

La Convention de Washington vise à réguler le commerce international de plus de 35 000 espèces menacées d’extinction, dont plus de 80 % de végétaux. Elle s’applique à la fois à la faune et à la flore sauvages, et concerne les spécimens vivants ou non, les parties et les produits de spécimens.

Adoptée le 3 mars 1973 afin de préserver la biodiversité et de garantir une gestion durable des espèces sauvages, la CITES compte actuellement 183 États Parties, dont la France. Or, comme tout État membre de l’Union européenne (UE), la France applique la réglementation CITES par le biais des règlements européens dont les mesures sont plus strictes. Ces dispositions sont retranscrites dans le code de l’environnement.

Ainsi, tous les mouvements transfrontaliers (importation, exportation, réexportation, vente et transport) de spécimens inscrits aux annexes de la CITES sont réglementés par un dispositif de permis et de certificats, délivrés par les Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL). Les annexes classent les espèces selon leur degré de protection.

Dès lors, les infractions à la réglementation des espèces protégées sont constatées par les services de contrôle habilités tels que les agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), des services vétérinaires départementaux, de la gendarmerie, de la police et de la douane.

Le territoire français, par sa situation géographique, est un pays de transit pour les trafics illicites d’espèces protégées telles que les civelles (alevins d’anguilles, un mets très apprécié en Asie). Depuis quelques mois, les services répressifs constatent l’émergence d’un nouveau trafic. En effet, à l’instar du guépard ou du faucon pèlerin dans le Golfe persique, de jeunes fauves (lionceaux, tigreaux) font leur apparition sur les réseaux sociaux français. Ces achats illégaux par des particuliers souhaitant les adopter comme animaux de compagnie sont à la fois un commerce et une parade égocentrique.

Par conséquent, le défi de la CITES est de permettre au commerce des espèces sauvages d’être à la fois non préjudiciable et légal. Ainsi, la CoP18 a réuni la planète autour d’une question préoccupante : préserver la vie sauvage.

II. La Cop18 de la CITES, une réunion très attendue.

La gestion durable de la biodiversité mondiale est l’enjeu de notre siècle. Pour cela, l’approche collective est essentielle.

À ce titre, l’une des avancées phare de la Cop18 est l’inscription de la girafe (Giraffa camelopardalis) à l’Annexe II de la CITES. D’abord classée dans la catégorie espèces vulnérables de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2016, il est apparu indispensable de renforcer sa protection. En effet, en raison de la destruction des habitats (croissance démographique humaine), des troubles civils (Somalie, Soudan du Sud, République démocratique du Congo, Centrafrique) ou encore du braconnage (pour leurs os et leur cervelle comme des remèdes contre le sida, ou leurs queues comme trophées aux anciens), sa population a diminué de près de 40 % entre 1985 et 2015 sur le continent africain.

Par ailleurs, comme le souligne l’Ouganda, ce sont les communautés locales et rurales, touchées par la pauvreté et l’inégalité, qui « subissent le plus les effets des décisions prises en matière de conservation des espèces ». Or, pour encourager leur participation dans les efforts de conservation, elles doivent trouver « des intérêts personnels et de la responsabilisation » dans les mesures. Un groupe de travail sera formé pour traiter ce sujet.

La cybercriminalité étant en expansion, la Cop18 encourage également les Parties et l’agence Interpol à collaborer dans la lutte contre le commerce illégal en ligne des espèces protégées. Ainsi, l’opération « Thunderball » élaborée par Interpol en coopération avec l’Organisation mondiale des douanes (OMD) visait à lutter contre la criminalité liée aux espèces sauvages dans 109 pays. Cette opération conjointe, menée du 4 au 30 juin 2019, a permis d’identifier près de 600 suspects et de réaliser 1 828 saisies.

Enfin, il est important de souligner qu’une enquête relative aux conditions de travail des gardes, intitulée « Life on the Front Line 2018 », menée par le Fonds mondial pour la nature (WWF), a été fortement appuyée par le Népal ou encore la République démocratique du Congo dont les gardes forestiers mettent leur vie en danger pour protéger les gorilles des montagnes des braconniers. Ces personnels de première ligne sont indispensables pour garantir le bon respect de la CITES et doivent faire l’objet d’une plus grande considération (matériels de protection et de communication, mesures médicales ou encore formation).

Alors que la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a communiqué, en mai dernier, une étude sur le déclin global et inédit des espèces sauvages (voir revue n° 102), le rôle de la CITES et l’action des États sont, plus que jamais, incontournables.

Fanny Marocco

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Vote historique lors de la 18e Conférence des Parties de la CITES : 46 gouvernements se sont prononcés en plénière pour apporter d’importantes restrictions à la capture des éléphants dans la nature, arrachés à leurs familles et envoyés vers des zoos et des cirques partout dans le monde. Une capture ne pourra être autorisée que si elle contribue à la préservation des populations sauvages ; les scientifiques réfutant tout intérêt de cette pratique pour la sauvegarde de l’espèce, les éléphants devraient être tranquilles. Pour Ilaria Di Silvestre, biologiste à Eurogroup for Animals: « Aucun intérêt pour la conservation n’est tiré de la capture et du commerce d’éléphants vivants en dehors de leur habitat naturel : c’est l’opportunité de mettre un terme à cette pratique cruelle et inutile. » Aucun éléphanteau ne devrait être arraché à sa mère et soumis à un traitement aussi inhumain pour remplir les zoos, les cirques ou tout autre établissement de divertissement.

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