Bientôt la fin du broyage de poussins vivants

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Avant, on faisait pondre les poules et on mangeait les poulets. Pour une même race, tous les animaux étaient utilisés. Aujourd’hui, fini la mixité : à force de sélection, nous avons obtenu des races où les poules sont des “machines de guerre” en matière de production d’œufs, avec en contrepartie des mâles maigrelets ne répondant pas aux besoins du marché.

Les « poulets » que l’on mange sont des jeunes mâles et femelles de races ayant été sélectionnées pour faire de la chair aussi rapidement et efficacement que possible, au détriment de leur bien-être (fragilité osseuse résultant en fractures, etc.). Il existe encore quelques races mixtes (utilisées à la fois pour les œufs et la chair) mais elles représentent une faible proportion de la production.

Résultat : les mâles de la filière « pondeuses » (hormis les précieux reproducteurs) sont des déchets, des sous-produits dont il faut se débarrasser. Dont acte. Sont ainsi détruits environ 50 millions de poussins peu après l’éclosion, lorsque leur sexe est détectable par des yeux experts, chaque année en France. Nous vous en parlions dans nos revues n° 86 et n° 87 : fin 2015, le ministre allemand de l’Agriculture déclarait qu’il serait mis fin dès 2016 au broyage des poussins mâles grâce à la technique de spectroscopie Raman mise au point par l’université de Leipzig capable de détecter le sexe du poussin in ovo (dans l’œuf). Notre président Louis Schweitzer écrivait à la suite une lettre à son homologue français, Stéphane Le Foll, pour l’enjoindre à suivre cet exemple.

Outre le gâchis de vies, la destruction des poussins mâles se fait en leur infligeant stress et souffrance, malgré tous les efforts déployés pour réduire ces effets (broyage, exposition au gaz…). Les poussins sont déjà considérés sensibles alors qu’ils ne sont encore qu’embryons de 9 ou 10 jours, incubant dans l’œuf. C’est également un travail pénible pour les opérateurs chargés d’identifier les mâles.

Les allemands ont donc développé une technique de détection du sexe de l’embryon avant qu’il ne devienne sensible, en dosant une hormone spécifique au sexe de l’animal, pour un surcoût acceptable, voire négligeable. Les embryons peuvent donc être tués sans souffrance. Néanmoins, bien que déjà commercialisée, cette méthode ne permet pas encore une cadence correspondant à celle de l’industrie et impose le perçage d’un petit trou dans la coquille, ce qui nécessite des conditions sanitaires irréprochables. La salmonelle rode. De plus, il n’est pas clair si le perçage a des conséquences sur le taux d’éclosion.

En France, 4,3 millions d’euros avaient été débloqués par le ministre de l’Agriculture en 2016 pour développer une méthode non invasive (sans perçage de la coquille) – et sans doute aussi pour entretenir une saine concurrence avec nos voisins Allemands… C’est la société Tronico qui travaille depuis 2017 sur cette méthode avec le projet Sexage d’œufs d’oiseaux (Soo). Sans date de commercialisation en vue, le projet prend du retard et crée l’impatience à la fois chez les ONG de protection animale et chez les producteurs français, prêts à abandonner le broyage des poussins dès que possible.

Certains n’ont pas attendu que la méthode soit développée en France, à l’image de la société produisant des œufs PouleHouse dont le slogan est « L’œuf qui ne tue pas la poule ». En s’approvisionnant à l’étranger en poussins femelles triées avant l’éclosion (donc sans broyage de poussins mâles), « L’œuf qui ne tue pas les poussins » pourrait être ajouté. Lancée en 2017, PouleHouse récupère des poules en fin de « vie productive » dans des fermes classiques (ne pratiquant pas l’épointage du bec, tout de même) afin qu’elles finissent leur vie de façon naturelle en pondant à leur rythme. Au lieu d’être tuées à 18 mois, elles peuvent vivre jusqu’à 6 ans dans les conditions du bio. On peut même observer les animaux en direct sur le site internet : www.poulehouse.fr/live. Malgré le prix bien supérieur de ces œufs par rapport aux autres – un peu moins de 1 € l’œuf –, la société marche très bien et peine même à satisfaire la demande. Franprix, Monoprix, Carrefour, Naturalia et Biocoop commercialisent déjà ces œufs.

Les consommateurs sont donc prêts à mettre la main au porte-monnaie pour acheter des œufs éthiques issus d’un système refusant la mise à mort précoce des poules pondeuses et des poussins mâles. Il est fâcheux que ce soit des considérations techniques et/ou politiques qui empêchent l’adoption et l’extension de techniques de production plus vertueuses.

Sophie Hild

Actualisation au 16/10/2019 :

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