Colloque “Droits et personnalité juridique de l’animal”: le message de Hugues Renson

Hugues Renson, député et vice-président de l’Assemblée nationale devait initialement conclure le colloque de la LFDA. Retenu à l’Assemblée nationale pour cause de débat sur la loi budgétaire, il n’a pu se joindre à nous. Son message a donc été lu en introduction par Louis Schweitzer. Le voici retranscrit en intégralité.

Hugues Renson

Monsieur le Garde des Sceaux, Cher Robert Badinter,
Monsieur le Président, Cher Jean-Paul Costa,
Monsieur le Président de la Fondation Droit animal, Éthique et Sciences, Cher Louis Schweitzer,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens d’abord à remercier chaleureusement Monsieur Louis Schweitzer pour son invitation et pour l’organisation de ce colloque. L’actualité législative m’a malheureusement contraint à annuler ma participation. Je le regrette vivement et j’en suis très sincèrement désolé.

J’aurais été heureux d’être à vos côtés ce matin et de pouvoir conclure cette matinée d’échanges sur ce thème qui m’est cher des droits de l’animal et de la personnalité juridique des animaux.

La cause animale est aujourd’hui, plus que jamais, devenue centrale, importante, incontournable. Jamais nous n’avons eu autant de remarques, d’interpellations, nous demandant, à nous députés, de mieux prendre en compte, de mieux considérer l’animal que nous ne le faisons aujourd’hui.

Et les citoyens ont raison de nous interpeller.

Cet enjeu, je le vois comme étant celui de la défense des êtres faibles. Comme un enjeu de relation de l’homme avec la nature, avec la biodiversité. C’est, au fond, un engagement véritablement progressiste.

Défendre la biodiversité, défendre l’animal, lier le progrès humain à la considération des animaux, c’est un seul et même combat. Celui pour un changement de modèle. Celui pour un monde où l’homme s’envisage comme faisant partie d’un ensemble, dont il n’est qu’un élément et qu’il doit respecter et protéger s’il veut survivre.

Nul besoin de rappeler tout ce que les animaux nous apportent : chiens guides, brigades cynophiles, unités équestres, etc. L’homme ne peut se passer de l’animal. Et on lui doit, ne serait-ce que par bonté et décence, une amélioration de sa condition.

Dans ce domaine, la politique, en s’inspirant et en s’associant à la science, avec les ONG, peut et doit faire beaucoup. On l’a vu en 2015 avec la réforme du statut juridique de l’animal dans le Code civil. Cette réforme a contribué au changement des mentalités. Elle aura servi également de déclencheur et de point de départ des réformes à venir. Je pense à l’interdiction de la corrida, de la chasse à la courre, de la chasse à la glu, de la castration à vif des porcelets, des animaux sauvages dans les cirques, de l’obligation de caméras dans les abattoirs, etc.

Cette reconnaissance du caractère sensible de l’animal a ainsi une double utilité, philosophique et juridique. Le droit ne peut changer à lui seul les réalités les plus douloureuses, les plus sordides, mais il permet de résoudre plusieurs dossiers majeurs.

Parmi les avancées les plus attendues, il y a la question de l’abandon des animaux. Abandonner un chien ou un chat parce qu’on déménage, c’est le considérer comme objet, comme une marchandise, dénué de sensibilité. C’est tout simplement inadmissible.

Alors beaucoup reste à faire, j’en ai conscience. À nous députés de prendre notre part de responsabilité et nous mobiliser, en reconnaissant la sensibilité de ces animaux. C’est pourquoi nous nous engageons, à l’initiative de mon collègue Loïc Dombreval, à déposer une proposition de loi pour en finir avec ces abandons massifs, indignes d’une société civilisée et de notre pays.

Avant de conclure, permettez-moi d’avoir une pensée fidèle et affectueuse pour le Président Jacques Chirac, avec qui j’ai longuement travaillé à l’Élysée et après, et qui a, très tôt dans sa vie politique, compris l’importance de la défense de l’animal, avec notamment l’interdiction d’importations de tous les « animaux vivants vertébrés » en 1974, ou par l’adoption de règles sanitaires pour les animaux et pour le fonctionnement des établissements détenant des animaux en 1977. Jacques Chirac était un visionnaire. Dans ce domaine également, nous devrons faire vivre son message.

Mesdames, Messieurs, Cher Louis Schweitzer, votre combat est le nôtre, votre combat est le mien. Protéger l’animal, c’est défendre le vivant, c’est vouloir un monde équilibré, respectueux de la nature. Et dans ce combat, pour l’amélioration de la condition animale, vous pouvez être sûr de la force et de la permanence de mon engagement à vos côtés.

Hugues Renson

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