Compte-rendu du colloque : « Le bien-être animal et l’avenir de l’élevage »

La Fondation Droit Animal, Éthique et Sciences a organisé le colloque « Le bien-être animal et l’avenir de l’élevage » le 22 octobre 2020 dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne. Voici un compte-rendu de cette journée.

© Michel Pourny/LFDA

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Louis Schweitzer a ouvert le colloque, dont le but était de « définir les voies et les moyens d’assurer [le] progrès [pour le bien-être animal] en associant tous les acteurs ». En effet, ce colloque a fait intervenir des scientifiques, des instituts de recherche, des professionnels de l’élevage, des représentants des filières de productions animales et des représentants des pouvoirs publics, dont le ministre de l’Agriculture en conclusion. Dans le public, de nombreux professionnels et membres d’ONG intéressés par le sujet étaient présents, ainsi que des parlementaires. Après avoir présenté la fondation, ses succès et le fonctionnement du colloque – qui était modéré par Laurence Parisot, vice-présidente de la LFDA, et par lui-même –, Louis Schweitzer a laissé la place à Elsa Delanoue, sociologue pour les instituts techniques agricoles.

Introduction

Esla Delanoue s’était penchée dans le cadre de sa thèse sur la controverse autour de l’élevage et travaille aujourd’hui sur la relation entre élevage et société. Elle a précisé que la relation entre les animaux et les humains fait l’objet de questionnements depuis l’Antiquité, mais sa médiatisation s’intensifie depuis environ cinq ans. Elle a dressé le profil moyen du citoyen, qui veut un élevage naturel, traditionnel, qui offre un accès à l’extérieur et souhaite la suppression de la souffrance physique et psychologique pour les animaux, opposé à l’élevage dit « industriel ».

Table ronde 1 : Le bien-être animal et les apports de la science

A suivi la première table ronde de la journée qui a porté sur le bien-être animal et les apports de la science. Alain Boissy, chercheur à l’Inrae et directeur du centre national de référence sur le bien-être animal, et Michel Baussier, président d’honneur du Conseil national de l’Ordre des vétérinaires et administrateur de la LFDA, sont intervenus. Michel Baussier a expliqué les rôles du vétérinaire : intermédiaire entre l’éleveur et le citadin et interface entre la science et les éleveurs. S’il ne nie pas le rôle des vétérinaires dans l’intensification des productions animales, il rappelle que science et empathie sont compatibles. Alain Boissy est revenu sur les bases scientifiques pluridisciplinaires qui ont permis de découvrir la sensibilité des animaux d’élevage, leur conscience, leurs émotions. Il a défini le bien-être animal en se basant sur les travaux réalisés par l’Anses en 2018. Pour lui, la recherche dans le domaine, même si elle a considérablement progressé, n’en est qu’à ses débuts.

Table ronde 2 : Assurer le bien-être des animaux est-il rentable ?

La deuxième table ronde sur le thème de la rentabilité des pratiques mieux-disantes pour le bien-être animal a fait intervenir Séverine Fontaine, directrice qualité filière animale chez Carrefour, Hervé Guyomard, directeur scientifique Agriculture à l’Inrae et président de l’association LIT Ouesterel, et enfin Loïc Hénaff, président du directoire du groupe Hénaff. Hervé Guyomard est revenu sur la dichotomie entre les attentes sociétales des Français en matière de bien-être animal et leur propension à payer pour cela, qui reste limitée. Séverine Fontaine a souligné l’effort engagé par la grande distribution pour répondre aux attentes des citoyens français. En plus d’avoir rejoint la démarche d’étiquetage du bien-être animal, Carrefour s’est aussi engagé à ne plus fournir d’œufs de poules élevées en cage d’ici 2025 et a signé une convention avec l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) concernant l’abattage des animaux. Quant à Loïc Hénaff, il a mis l’accent sur la transition des modèles d’élevage vers un développement plus durable, avec plus de bien-être animal, mais qui devra se faire sur un temps long pour permettre l’absorption des surcoûts pour les éleveurs.

Allocution de la présidente de la FNSEA

Cette deuxième table ronde a été suivi d’un échange avec la salle, puis de l’allocution de Christiane Lambert, présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Selon elle, de nos jours, les éleveurs de toutes les filières prennent le sujet du bien-être de leurs animaux à cœur. Les professionnels développent d’ailleurs des outils tels que des fiches techniques, des codes de bonnes pratiques et font évoluer les cahiers des charges. Le bien-être animal est une attente sociétale forte et Christiane Lambert a reconnu que des progrès peuvent encore être réalisés, mais progressivement. Pour elle, il faut rechercher des compromis entre tous les acteurs pour améliorer la condition des animaux. Elle a remercié la fondation de permettre un débat apaisé entre tous les acteurs concernés.

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Table ronde 3 : Aider les agriculteurs à améliorer le bien-être animal : voies législative et réglementaire

La troisième table ronde portait sur les évolutions législatives et réglementaires qui permettraient d’améliorer le bien-être des animaux d’élevage. Muriel Falaise, maître de conférences en droit privé et secrétaire générale de la LFDA, Loïc Dombreval, député et président du groupe d’études sur la condition animale à l’Assemblée nationale, et Younous Omarjee, eurodéputé et membre de l’intergroupe du Parlement européen sur le bien-être et la conservation des animaux, se sont succédé sur le sujet. Muriel Falaise a axé son intervention sur la nécessité de formation des éleveurs et de la société entière sur le droit animal et les connaissances scientifiques qui sous-tendent la notion du bien-être. Elle a aussi proposé une modification de la Constitution pour y inclure le respect du bien-être des animaux. Loïc Dombreval a donné deux exemples d’évolution pour la condition animale qui ont d’abord été considérés comme des échecs législatifs : les caméras-vidéos dans les abattoirs et l’interdiction du broyage des poussins, qui progressent grâce aux engagements des entreprises. Younous Omarjee est revenu sur le vote qui s’est tenu la veille concernant la politique agricole commune, puis il a fait une proposition : élargir le champ de compétences de la Cour européenne des droits de l’Homme à la nature et aux animaux.

Table ronde 4 : Accélérer le progrès par l’information du consommateur

La quatrième table ronde était dédiée à l’information du consommateur et a reçu l’éclairage de Louis Schweitzer, en sa qualité de président de la LFDA et de l’Association étiquette bien-être animal, de Matthieu Riché, directeur de la responsabilité sociétale des entreprises du groupe Casino, et de Yves de la Fouchardière, directeur général des Fermiers de Loué. Louis Schweitzer a rappelé que la LFDA est à l’origine de l’étiquetage du mode d’élevage des poules pondeuses sur les boîtes d’œufs, avant de s’attarder sur l’étiquetage du bien-être animal développé au départ avec l’OABA, CIWF France et le groupe Casino. Ensuite, Mathieu Riché a révélé l’objectif des initiateurs : que l’étiquetage soit adopté par les pouvoirs publics à l’échelle européenne pour concerner l’ensemble des produits d’origine animale. Enfin, Yves de la Fouchardière, s’est réjoui de la capacité des acteurs privés engagés dans la démarche d’étiquetage à faire progresser l’information au consommateur et, par ce biais, le bien-être des animaux.

Table ronde 5 : L’avenir de l’élevage

La dernière table ronde avait pour thématique l’avenir de l’élevage. Pour parler de ce sujet, Philippe Mauguin, président directeur général de l’Inrae et Marie-Thérèse Bonneau, première vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) étaient invités. Pour Philippe Mauguin, l’avenir de l’élevage passera sûrement par un élevage plus vertueux sur le plan environnemental, du bien-être animal et de la rémunération des éleveurs, grâce à une réduction de la consommation de produits d’origine animale. Pour cela, il faut, selon lui, l’appui de politiques publiques mais aussi des traités internationaux qui tiennent compte de tous les paramètres, ainsi qu’une volonté et une cohérence des consommateurs. Quant à Marie-Thérèse Bonneau, elle a fait part de son expérience d’éleveuse de vaches laitières depuis une trentaine d’année et de la façon dont son travail et les problématiques sociétales autour ont évolué.

Au cours de cette table ronde, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie a rejoint les deux intervenants sur l’estrade. Il a ainsi pu répondre à quelques questions du public sur des sujets comme l’abattage sans étourdissement (il n’est pas favorable à porter le débat de l’interdiction en ce moment), les régimes alimentaires sans viande, les protéines végétales, la dénomination des produits végétariens ou végans (« steak », « lait »), la réforme de la PAC…

Discours de conclusion par le ministre de l’agriculture

Dans son discours de conclusion, le ministre a déclaré que tout le monde souhaitait avancer sur la question du bien-être animal, même s’il y a des désaccords sur la manière de le faire. Il a souligné que le bien-être animal est un sujet complexe qui nécessite une transition longue pour permettre une absorption des coûts liés aux investissements, ainsi qu’un accompagnement de l’État pour amorcer des changements plus rapides. D’après lui, les plans de filières ont permis aux filières d’élevage de donner un cap pour améliorer le bien-être animal et le gouvernement contribue à son niveau en prenant des mesures concernant la castration à vif des porcelets par exemple. Il a annoncé la publication d’un décret visant à imposer l’origine des viandes dans la restauration, notamment pour les aliments transformés, dans le but de favoriser les produits français. Enfin, il souhaite une amélioration des contrôles dans les élevages et les abattoirs, une meilleure rémunération des éleveurs, et un consommateur mieux informé, ce qui passerait pour lui par un étiquetage volontaire à l’échelon européen.

Ce colloque, organisé en pleine crise sanitaire pour cause d’épidémie de Covid-19 et seulement dix jours avant le « reconfinement », a été un succès. Près de 200 personnes ont assisté au colloque en présence, et 550 ont suivi la retransmission en direct sur nos réseaux sociaux et notre site internet. La presse agricole et vétérinaire, mais aussi Ouest-France, Challenges, Europe 1 et Le Monde ont parlé du colloque. Ce colloque a démontré qu’un débat apaisé et respectueux sur le thème du bien-être animal pouvait avoir lieu entre toutes les parties prenantes concernées. Le ministre de l’Agriculture et la présidente de la FNSEA ont tous deux reconnus l’importance du bien-être des animaux et leur volonté de progresser sur le sujet. Le rôle de la LFDA est de faire en sorte que ces déclarations ne restent pas lettre morte.


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