L’industrie mondiale des delphinariums se porte bien

L’organisation internationale World Animal Protection (WAP) a rendu public en octobre 2019 un rapport sur le secteur des delphinariums. D’après ce rapport intitulé “Behind the smile – The multi-billion dollar dolphin entertainment industry” (Derrière le sourire – L’industrie multimilliardaire des delphinariums), le secteur des delphinariums et des activités de divertissement avec les dauphins se porte bien dans le monde.

Après avoir fait un état des lieux des activités de divertissement avec des dauphins dans le monde et leurs conditions de détention, WAP expose la rentabilité du secteur, qui profite des entreprises du tourisme, tels que les tour-opérateurs et les sites de voyages pour vendre des billets. WAP analyse ensuite l’attitude des consommateurs à l’égard des activités utilisant des dauphins captifs et évalue l’acceptabilité qu’ils ont de ces activités. Enfin, l’ONG donne des solutions pour parvenir à la fin de la captivité des cétacés, qui passe notamment par le pouvoir des consommateurs et des entreprises du tourisme de ne plus acheter ou vendre des tickets d’entrée pour ces activités.

La captivité des dauphins pour le divertissement dans le monde

WAP estime le nombre de dauphins captifs dans le monde à 3029 (dauphin signifiant ici un animal appartenant à une espèce de la famille des delphinidés et qui comprend le mot dauphin dans son nom commun). Huit cétacés captifs sur dix seraient des dauphins. Grand dauphin, dauphin à flancs blancs du Pacifique, dauphin au long bec, dauphin tacheté, dauphin de l’Irrawaddy, dauphin de Commerson, dauphin de Risso, dauphin à bec étroit (ou sténo)… peuvent se retrouver enfermés dans des bassins.

L’ONG a identifié 355 sites ouverts au public détenant des cétacés en captivité dans 58 pays. Parmi eux, 336 détiennent au moins une espèce de dauphin. Au total, 3603 cétacés ont été dénombrés, dont 2648 grands dauphins (l’unique espèce de dauphin que l’on retrouve d’ailleurs dans les 4 delphinariums français). Plus de 60 % des dauphins captifs sont détenus par 5 pays : la Chine, le Japon, les États-Unis, le Mexique et la Russie.

Le rapport reprend les données bien connues sur l’intelligence des cétacés et démontre l’inadaptabilité de ces espèces à la vie en captivité. Certains dauphins captifs sont enfermés dans des enclos en mer, mais 66 % vivent dans des bassins totalement stériles et pensés pour le visiteur d’abord, pour le confort du dauphin ensuite. De plus, WAP réfute les arguments typiques des delphinariums qui estiment contribuer à la conservation des espèces, à l’éducation du public et à la recherche. Pour l’ONG qui se bat contre la captivité des cétacés, les arguments avancés par les structures exploitant les cétacés ne tiennent pas la route face aux problèmes de santé physique et mentale divers que subissent les cétacés captifs (voir à ce propos l’article « Dauphins et orques : dans l’enfer des piscines » dans le n° 90 de la revue Droit Animal, Éthique & Sciences).

L’ONG met aussi en garde contre les structures qui proposent de la nage avec les dauphins, de la « thérapie assistée par les dauphins » ou toutes autres interactions avec ces animaux qui peuvent être néfastes aussi bien pour les animaux que pour les humains à cause de la transmission possible de zoonose (maladie infectieuse transmissible des animaux à l’homme, et inversement) et de la dangerosité potentielle des animaux.

L’industrie du divertissement avec des dauphins captifs

World Animal Protection ne prétend pas avoir une liste totalement exhaustive du nombre de structures exploitant des dauphins captifs dans le monde mais cette étude est, selon elle, la plus complète à ce jour.

Les structures recensées proposent pour 93 % d’entre elles des spectacles avec les dauphins (c’est le cas dans les 3 delphinariums français métropolitains), pour 75 % de prendre des selfies avec les dauphins, pour 66 % de la nage avec les dauphins (c’est le cas dans le delphinarium de Polynésie française), pour 23 % de la thérapie assistée par les dauphins et seulement 2 % proposent uniquement l’observation des dauphins aux visiteurs. En France, les delphinariums se situent au Parc Astérix à Plailly, au zoo Planète Sauvage de Port-Saint-Père, au parc Marineland d’Antibes et au Moorea Dolphin Center en Polynésie française. Marineland et Planète Sauvage proposent des activités interactives avec les dauphins, en petit groupe, dans l’eau pour Marineland, mais ils refusent que le public touche les dauphins. Que ce soit les spectacles ou les expériences de rencontres avec les dauphins, ces activités sont stressantes pour les animaux : ils sont soumis à des musiques assourdissantes, ils ne peuvent pas fuir l’interaction avec l’humain…

Les spectacles sont généralement compris dans le ticket d’entrée au parc, mais les autres activités doivent être payées en supplément. En tenant compte de toutes ces rentrées d’argent, l’ONG estime qu’un dauphin rapporte à lui seul entre 400 000 dollars (américains) et 2 millions de dollars par an. Rapporté à l’ensemble des dauphins captifs, ils génèrent à eux seuls entre 1,1 et 5,5 milliards de dollars pour l’industrie du tourisme. La souffrance a un prix. Sans compter que la plupart de ces sites reçoivent également des recettes provenant d’activités annexes, tels que l’hôtel/restauration, les produits dérivés, les manèges et piscines à tobogan, etc.

La majeure partie des delphinariums recensés par WAP font partie de grands groupes du tourisme. Par exemple, Marineland est détenue par le groupe Parques Reunidos, qui détient 62 parcs aux quatre coins du monde : des zoos, des delphinariums, des centres aquatiques et des parcs à thème, dont la mission, selon le groupe, est d’« offrir des moments de plaisir et de divertissement à tous nos visiteurs, grâce à des expériences uniques, riches, innovantes, créatives et sans-danger ». D’autres, comme Planète Sauvage, sont des entreprises familiales. Ils sont parfois accrédités par des organismes de certifications pour redorer leur image, comme la certification de l’American Humane Association pour Marineland.

L’attitude des visiteurs et leurs raisons de fréquentation des delphinariums

En 2019, WAP a commandé une enquête sur les personnes voyageant des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la Chine, du Brésil, de la Scandinavie et des Pays-Bas vers le Mexique, les États-Unis, l’Espagne et les Caraïbes, qui concentre de nombreuses activités de divertissement avec des dauphins captifs. Il en ressort notamment que 60 % des touristes aux États-Unis se sont rendus dans un delphinarium.

Selon cette même enquête, la principale raison pour visiter un delphinarium est l’amour pour les dauphins. Alors que 69 % des répondants ont fait des études supérieures, les besoins des dauphins et l’effet de la captivité sur eux restent mal connus. La seconde raison est la pression familiale (les enfants souhaitaient y aller) et la troisième est la recommandation par des proches. Plus de 90 % des visiteurs de delphinarium ont vu un spectacle, 60 % ont touché un dauphin et 40 % ont nagé avec un dauphin.

Parmi toutes les activités de divertissement impliquant des animaux sauvages, celle avec les dauphins parait la plus acceptable au public. Cependant, 52 % des visiteurs estiment que les dauphins souffrent physiquement et émotionnellement en captivité et 80 % déclarent qu’ils préféreraient voir des dauphins en liberté s’ils en avaient la possibilité.

Le rôle de l’industrie touristique

Des entreprises touristiques telles que des plateformes de réservations, des agences de voyages ou encore des tour-opérateurs jouent un rôle crucial dans le secteur du divertissement avec les dauphins. Ces entreprises profitent souvent de tarifs réduits pour vendre des tickets pour des attractions avec les dauphins afin d’encourager le plus grand nombre de consommateurs à y aller. Sur les 31 principales entreprises touristiques évaluées par WAP, les deux-tiers proposaient au moins un des 10 plus grands delphinariums dans ses produits. D’après l’enquête de WAP, un touriste sur 4 a visité une attraction avec des dauphins dans le cadre d’un voyage organisé ou parce que c’était proposé par le site ou l’agence de voyage.

Heureusement, certaines entreprises ont pris des mesures contre la captivité des cétacés. Par exemple, Booking.com, Virgin Holidays et British Airways Holidays ont récemment annoncé ne plus accepter de vendre des tickets pour des attractions avec des cétacés.

Lutter contre l’industrie du divertissement avec dauphins

Des solutions existent pour en finir avec la captivité des cétacés, mais elles se heurtent à l’obstination du secteur des parcs zoologiques, au rôle de l’industrie du tourisme, à l’ignorance des consommateurs et au refus des pouvoirs publics.

Les premières solutions proposées par World Animal Protection sont la fin de la reproduction des dauphins actuellement captifs et des captures de dauphins. L’idée est que les dauphins captifs ne puissent pas être remplacés par d’autres dauphins captifs et que progressivement l’activité s’arrête. C’est ce que demande la LFDA, et ce qu’elle avait réussi à obtenir pour la France en 2017 avec ses partenaires, notamment l’association C’est Assez ! Malheureusement, l’arrêté qui mettait en place l’interdiction de reproduction des cétacés captifs a été annulé par le Conseil d’État.

Les activités impliquant des interactions entre les dauphins et le public doivent s’arrêter également. Toute mesure visant à améliorer la vie des dauphins actuellement captifs doit être mise en œuvre quand cela est possible techniquement et économiquement.

WAP propose d’autres mesures pour progresser vers la fin de la captivité des dauphins. Tout d’abord, il convient d’encourager les entreprises à offrir des activités annexes de divertissement, tels que des manèges à sensation ou des attractions aquatiques, dans la mesure où elles sont adaptées pour ne pas impacter négativement le bien-être des cétacés encore présents sur le site. Ensuite, les consommateurs ont le plus grand pouvoir : celui de ne pas acheter de billets pour des delphinariums et de faire savoir aux entreprises vendant ces tickets qu’ils désapprouvent leur partenariat avec de telles activités. Les entreprises touristiques doivent comprendre qu’elles jouent un rôle important dans le secteur des delphinariums, non pas en répondant à la demande du public mais en créant la demande. L’ONG exhorte les organismes du tourisme à développer et mettre en œuvre des politiques promouvant des alternatives dans la nature, comme l’observation de cétacés en liberté. Toutefois, l’ONG précise que l’observation de cétacés doit s’effectuer de manière responsable et invite les professionnels du voyage à proposer des activités certifiées comme respectueuses des animaux et de l’environnement*, pour éviter le stress et les blessures que des bateaux irresponsables pourraient causer aux cétacés libres.

Conclusion

Si l’industrie de divertissement avec les dauphins se porte aussi bien c’est d’abord parce que les entreprises pratiquent la désinformation auprès du public au sujet de la préservation des espèces animales et du bien-être des animaux, et qu’elles mettent en avant le côté familial et divertissant de ces activités. Le public est donc mal informé. Ensuite, c’est aussi parce que les entreprises du tourisme participent à l’attractivité de ce secteur en créant la demande pour ce genre d’activités.

Heureusement, il y a quelques progrès. En plus des pays qui ont décidé d’interdire la captivité des cétacés (comme très récemment le Canada, qui a interdit la reproduction des cétacés actuellement captifs) et des pays qui ont établi des normes si strictes que l’activité n’est plus rentable, des entreprises du tourisme ont décidé de ne plus vendre de ticket pour des activités de divertissement avec des dauphins ou de ne plus les proposer à leurs clients, et des parcs eux-mêmes ont décidé d’arrêter l’activité avec les dauphins.

En France, nous attendons toujours les annonces de la ministre de la Transition écologique et solidaire au sujet des animaux sauvages captifs, y compris sur les delphinariums. En attendant, nous continuons notre travail de plaidoyer pour que la ministre reprenne un arrêté similaire à celui adopté en mai 2017.

Nikita Bachelard

* World Animal Protection propose les sites suivants pour se renseigner :
http://accobams.org/conservations-action/cetacean-watching/,
https://www.bewhalewise.org/,
http://whales.org/our-4-goals/create-healthy-seas/whale-watching/,
http://worldcetaceanalliance.org/certification/global-guidelines/ et
http://whaleheritagesites.org/


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